Billet d'humour

Laurent Savard

01/01/2015
Billet d'humour - Laurent Savard
NOUS SOMMES TOUS DES BÊTES !

Depuis peu, on sait que nos chers animaux de compagnie ne sont plus des meubles. Je ne disserterai pas ici pour savoir s’ils ont une âme ou quelque ambition dans la vie voire un plan de carrière mais, soyons honnête, nous partageons plus d’un gène avec nos potes chiens, chats et même rats de laboratoire.

Pourtant, quand je vois mon vieux chat grec – entré hors filière migratoire sur notre territoire mais c’était il y a quinze ans, on en était encore aux balbutiements de l’Espace Schengen et la Syrie était alors le paradis des surfeurs – donc quand je vois ce cher Octopuss – le nom fait un peu James Bond mais il faut plus chercher du coté du poulpe grillé que ce félin de poche venait piquer dans nos assiettes de touristes de base en vadrouille sur les Cyclades – donc – j’y viens ! – quand je vois ce vieux chat, infoutu d’aller acheter ses croquettes lui-même, me pourrir ma polaire avec ses poils par milliers, je dis : « mais un animal de compagnie, à quoi ça sert !?! »

D’ailleurs, Gabin, mon animal de fils de sa (son) bête de père, l’a bien compris. Quand le chat l’encombre, il le déplace comme une vulgaire lampe de bureau. Au mieux, mon vieil Octopuss n’est donc qu’un chauffage d’appoint. Pour ce qui est du côté « Lol cats », avec ses dents qui se déchaussent et ses flatulences nauséabondes, c’est aussi un peu raté.

Alors OK, la vocation d’un animal n’est pas d’être utile, mes racines paysannes ancestrales me donnent peut-être une vision rétrograde en la matière, mon imaginaire se nourrit encore de ces chevaux de trait qui tiraient le bon vieux socle de la charrue ou de ce chien de ferme enchaîné à son piquet avec une jolie niche « outdoor » pour qu’il aboie à toute venue.

Oui, c’est vrai, l’animal était alors utile, on était loin des croquettes de veto et des lois anti-meuble... mais, malgré tout, un doute me ronge.

Le jour où, hélas, mon chat ne pourrira plus ma polaire et aura définitivement cessé de délabrer mon appart, qui Gabin pourra-t-il déplacer, serai-je le prochain animal sur sa liste ? Gabin qui chausse déjà du 42 et demi « fillette » - quatre pointures en six mois, il paraît que c’est chose normale en début d’adolescence – me virera-t-il ainsi du canap’ sans ménagement (merci de vérifier le futur simple du verbe virer, les amis).

Et si, ce jour-là, intelligemment, j’optais pour un chien ? Un chien qui ne laisse pas de répit à Gabin, un chien qui l’aide à attendre au feu, un chien qui sorte en rollers avec lui – même si les chiens sont, paraît-il, assez nuls à rollers – un chien qui l’aide à faire comprendre ce qu’il a du mal à dire, bref, un chien handispensable.

Et si on me trouve une girafe ou une autruche tout aussi capable, je ne serai pas sectaire bien sûr. Voilà, une autruche, très bien, vive, aimable l’autruche ! L’animal idéal. Je suis même sûr qu’elle saura se passer de croquettes.