Portrait

Jean-Luc Roméro

Jean-Luc Roméro

01/01/2015
Portrait - Jean-Luc Roméro
C'EST L'HISTOIRE DE...UN SURVIVANT

« LORSQUE VOUS PRENEZ CONSCIENCE SI JEUNE QUE LA VIE S’ARRÊTE, LE CONTE DE FÉE EST TERMINÉ. C’EST LA FIN DE L’INSOUCIANCE... »

ean-Luc Roméro n’est pas un « électron » libre contrairement à ce que certains peuvent penser ou tenter de faire penser afin de réduire ses actions... C’est juste un homme libre qui tente de fédérer le plus grand nombre autour de combats, d’engagements qu’il estime légitimes et progressistes. C’est vrai qu’aujourd’hui, rares sont les paroles libres et sincères (et quand elles le paraissent, elles sont souvent assujetties à des partis ou des ambitions !), celles de Jean-luc Roméro le sont naturellement comme l’atteste son parcours de vie.

« Dès l’âge de 7-8 ans, je m’engageais pour des quêtes pour la tuberculose, je me mobilisais pour les pays africains... Ce côté altruiste et militant vient de ma famille qui a quitté l’Espagne franquiste pour s’installer dans le nord de la France. Et puis très jeune, j’ai eu conscience de ma différence (Ndlr : son homosexualité), il a fallu que chacun fasse un chemin vers l’autre. Ce fut dur à vivre ! » reconnait-il. A 14 ans, Jean –Luc assiste à la mort de son père suite à un cancer des poumons. « Lorsque vous prenez conscience si jeune que la vie s’arrête, le conte de fée est terminé. C’est la fin de l’insouciance... C’est à ce moment-là que j’ai commencé à me poser tout un tas de questions : peut-on accepter les douleurs de quelqu’un jusqu’au bout ? A quel moment doit- on envisager de l’aider ? Dans quelle mesure est-ce possible d’accélérer la mort d’une personne ? » Et le destin ne va pas l’épargner...

« ...UNE PARTIE DU CORPS MÉDICAL CONSIDÈRE QUE SON RÔLE EST ABSOLUMENT D’ALLER AU BOUT COÛTE QUE COÛTE. LE MALADE COMME UN TERRAIN D’EXPÉRIMENTATION AVEC LEQUEL ON PEUT ÉCHOUER »

Arrivé à Paris au début des années 80, ce gaulliste de cœur (en opposition à sa famille communiste ?) se constitue un réseau d’amitié « gays ». « C’était bizarre : nous sortions de l’élection de François Mitterrand qui avait promis la dépénalisation de l’homosexualité et, quelques mois plus tard, nous nous retrouvions dans une situation incroyable avec une maladie atroce, mystérieuse, que l’on avait beaucoup de mal à appréhender. » Le SIDA allait faire des ravages. Jean-Luc allait y apprendre sa séropositivité en septembre 1987 à 27 ans. « Mon médecin me savait condamné et n’avait rien à m’offrir, sauf un pauvre sourire de compassion sincère. Les malades étaient alors autant informés que les soignants concernant ce virus. Nous savions si peu de choses et avions si peu de solutions... » Jean-Luc est de ceux qui évoquent leur maladie, il a bien conscience d’être un rescapé, un « miraculé »... Il a accompagné tellement de gens dans l’agonie, a été le témoin de leurs dégradations physiques et de leurs souffrances.

La disparition d’Hubert, son premier amour, va être « une étape essentielle de ma réflexion sur la fin de vie et sur le positionnement des soignants par rapport aux patients. Une vraie rupture ! » Une révolte aussi,face à un personnel médical intransigeant et fort de son autorité... « C’est inhumain de laisser des patients ainsi... Une partie du corps médical considère que son rôle est absolument d’aller au bout coûte que coûte. Le malade comme un terrain d’expérimentation avec lequel on peut échouer. Heureusement, beaucoup de médecins furent aussi exceptionnels... »

Jean-Luc est décidé, il mènera deux combats : celui de la lutte contre le sida et celui du droit à mourir comme on le souhaite... Il va s’y lancer à corps perdu malgré ses propres douleurs et ce n’est surtout pas une posture intellectuelle ou culturelle qui l’anime, juste du bon sens et le désir absolu de mettre le patient au cœur de la décision qui le concerne ! « Ma séropositivité et ses conséquences m’ont fait changer mon regard et ma vision sur la vie. Je vis au jour le jour et mes projets ne dépassent pas les six mois... » L’homme est sans concession. Il était une voix dissonante de la Droite mais au moment du PACS, ce n’était, à ses yeux, plus tenables « J’ai entendu trop de propos homophobes et d’hypocrisies dans mon camp. Certains se sont radicalisés ! »

Aujourd’hui, apparenté PS, il est Conseiller régional d’Île de France et adjoint au maire du XII ème arrondissement de paris. « Je n’ai pas changé de discours, pas une virgule ! Et surtout pas de convictions ! » Et Jean-Luc Roméro qui fut un des fers de lance en faveur du « Mariage pour tous » et qu’il reconnait comme une avancée sociétale importante, n’hésite pas à donner de la voix pour réclamer une loi « efficace et humaine » sur l’euthanasie comme l’avait promis François Hollande et à s’indigner contre le projet de Marisol Touraine, la Ministre de la santé, sur l’obligation d’un an d’abstinence sexuelle pour un homosexuel avant de donner son sang « Il y a une avancée : la reconnaissance d’un droit et derrière une reculade ! » Une parole libre, vous a-t-on dit ! Et ça fait du bien au débat démocratique, non ?