Portrait

MISS & MISTER HANDI-FRANCE

MISS & MISTER HANDI-FRANCE

01/01/2015
Portrait - MISS & MISTER HANDI-FRANCE
Plus fort la vie

20 septembre dernier la commune de Gières, petite ville de 6 000 habitants située à l’est de Grenoble, a vu se dérouler au sein d’un de ses restaurant un concours de beauté mettant en avant des personnes qui sont habituellement refusés à ce type de concours. La première élection réelle de Miss et Mister Handi France s’est déroulée dans une ambiance conviviale et s’est conclue par le double sacre de deux jeunes gens charmants et intelligents, c’est peu être là aussi la nouveauté d’un tel concours...

Priscille Vigneron, présidente d’une association grenobloise « Entre 4 roues », est à l’origine de ce projet. Atteinte d’une infirmité cérébrale depuis sa naissance, Priscille a toujours eu l’impression d’être en dehors du système, que les personnes en situation de handicap et leurs familles étaient livrées à eux même. Ce constat la pousse à créer son association à vocation nationale « Entre 4 roues », en 2002. « L’association propose différents services et des activités auprès du public handicapé et valide en France afin d’améliorer leur vie au quotidien. Nous offrons notre aide pour la recherche d’un financement, pour la rédaction de dossiers, de courriers, pour le soutien psychologique, pour une aide juridique et pour l’organisation de groupes de travail et de réflexion autour du handicap. Notre but est vraiment que la personne ne se sente pas isolée et prisonnière de son handicap, nous voulons montrer qu’il y a plein de choses à réaliser malgré un handicap. »

C’est avec ce dynamisme et cette envie latente de faire bouger les perceptions quant aux handicaps, que Priscille Vigneron va créer en 2013 le comité Handi-France dans le but de réaliser les premières élections de Miss et Mister Handi-France. « Nous avons eu l’idée car nous souhaitions marquer le coup par rapport a la loi sur l’égalité des chance de 2005, et force estdeconstaterquedansledomainedesmisslaségrégation était très présente, nous nous devions d’avoir notre concours ouvert à toute personne ayant un handicap. » Cette année, la communication autour du concours s’est faite grâce aux nombreux réseaux sociaux et aux associations nationales qui ont diffusé l’information. En tout il y a eu autour de 200 inscrits dans toute la France et des élections régionales qui se sont déroulées dans 6 régions pour les filles et trois régions pour les garçons. « ...Pour l’instant nous avons réussi à organiser des élections régionales dans 6 régions mais nous espérons que chaque année nous allons pouvoir augmenter le nombre de Région. Pour les garçons seulement 3 régions ont été représentées mais je ne vous cache pas que nous sommes dans un monde plus féminin, de paillettes, c’est plus compliqué de trouver des garçons. » Les critères pour se présenter à ce concours sont simples : il faut être en situation de handicap et être reconnu handicapé, avoir envie de participer et surtout avoir quelque chose à raconter ou un combat à mener. En effet, lors de ce concours la beauté n’était pas l’unique critère, le comité mettait un point d’honneur à ce que les candidats s’impliquent pleinement et soient intégrés dans la vie sociale. Il faut dire que ce concours est aussi un magnifique podium d’expression où chacun peut faire passer ses messages.

L’élection 2015 a couronné Pierre Emeriau (24 ans), Mister Handi-France et Marie Léa de Torres (19 ans) comme Miss Handi-France. Rencontre avec deux jeunes pleins d’énergie et d’entrain.

POUVEZ-VOUS VOUS PRÉSENTER ?

PIERRE. Pour ma part, j’étais valide jusqu’à l’âge de 17ans mais malheureusement en revenant de mon boulot, le 15 décembre 2008, j’ai eu un accident de la route qui m’a rendu tétraplégique. Je me suis réveillé après 3 semaines de coma puis j’ai commencé ma rééducation à l’hôpital Saint- Jacques à Nantes. Après 6 mois d’hospitalisation, j’ai pu réintégrer la maison familiale avec toutes les contraintes que cela entraine. Il fallait réadapter tout l’environnement afin que je puisse vivre au RDC décemment et qu’on puisse me donner mes soins sans difficulté. J’ai décidé de reprendre mes études car je ne voulais pas être inactif mais j’ai été rattrapé par des soucis de santé et j’ai dû retourner à l’hôpital et abandonner mes études car j’étais dans l’incapacité de pouvoir les suivre. Par le biais de l’hôpital j’ai entendu parler de l’Association des Paralysés de France de Nantes et les projets que l’asso proposait me plaisaient. Je me suis dit : « une association qui bouge et qui souhaite faire bouger les choses, c’est pour moi ! ». C’est ainsi que je suis inscrit dans les groupe jeunes APF 44, je participe à de nombreux groupes de sensibilisation dans les écoles et je milite quotidiennement pour une ville pleinement accessible.

MARIE LÉA. Je m’appelle Marie Léa, j’ai 19 ans et je suis actuellement étudiante en Bac pro gestion et administration. Je suis infirme moteur cérébrale (IMC) depuis ma naissance après une naissance très prématurée et une mauvaise oxygénation prodiguée par une sage femme. De mes 6 ans à mes 17 ans j’ai été dans des centres médicaux situés dans l’allier et dans le Puy de Dome. Je dormais tous les soirs là-bas mais je rentrais toutes les fins de semaine. Arrivée à 17 ans, je souhaitais continuer mes études mais là-bas je n’avais pas la possibilité de le faire notamment à cause de problèmes liés au transport. Je suis retournée chez moi et me suis inscrite dans un lycée. Le milieu ordinaire me voilà (rire) ! J’ai quand même la chance d’être dans un lycée récent qui est pleinement accessible et j’ai des profs supers qui m’aident à m’accrocher et à suivre les cours, ce qui peut créer une forme de jalousies chez les autres élèves.

QU’EST CE QUI VOUS A POUSSÉ À PARTICIPER À CE CONCOURS ?

PIERRE. J’ai vu l’information sur Facebook et je me suis dit chiche avec des potes. Je me suis lancé un petit défi et comme je ne voulais pas y aller tout seul j’ai tenté d’embrigader quelques amis de mon club de rugby fauteuil. J’ai réussi d’ailleurs à les motiver, ce qui n’était pas une mince affaire (rire). Mon souhait en participant à ce concours était de m’amuser et surtout rencontrer du monde. A ma grande surprise j’ai été élu en Régionale puis, comme vous le savez, Mister France. Ce concours était génial, cela m’a permis de bouger, ca faisait 7 ans que je n’étais pas parti quelque part. Lorsque je me déplace il faut déployer une logistique importante entre mes soins, mon auxiliaire de vie et le transport, ce n’est pas évident. Mais là tout était bien organisé, l’hôtel était à 15 mètres du restaurant, j’y suis vraiment allé avec plaisir.

MARIE LÉA. À la base, plusieurs de mes amies se sont présentées, je ne voulais pas le faire car je n’avais pas une bonne image de moi même. Et puis ma mère m’a poussé à le faire car elle savait que j’avais cette envie là mais que je n’osais pas. J’y suis donc allée sans trop y croire puis j’ai été élue Miss Auvergne, le 5 juillet 2015 à Vichy et à ma grande joie, Miss Handi France le 20 septembre.

QU’EST CE QUE VOUS APPORTENT VOS TITRES RESPECTIFS ?

PIERRE. Cela nous apporte une certaine visibilité et nous pouvons faire passer des messages. Ma priorité est de me battre pour la notion de conception universelle. C’est pourquoi avant d’être élu je faisais déjà passer ce message auprès d’élèves lors de programme de sensibilisation. Les jeunes que l’on rencontre sont les futurs commerçants, dirigeants et peu-être maires de nos communes, c’est pourquoi il est indispensable qu’ils s’emparent très tôt des questions d’accès pour tous et d’intégration des personnes différentes. Je veux porter un message d’ouverture et de prise en compte de la différence à travers cette écharpe de Mister France. D’ailleurs pour l’anecdote mon intervention lors de l’élection portait sur mon combat au quotidien pour l’accessibilité.

MARIE LÉA. A titre individuel, ce statut m’aide à prendre confiance en moi et m’incite à aller de l’avant. J’avais déjà été modèle photo par le passé pour des magasins de photographie, mais là j’ai envie d’aller plus loin et peut-être en faire mon métier, qui sait ? Au début, paradoxalement à ce qui m’est arrivé j’aurais aimé être sage-femme mais maintenant j’aimerai être modèle photo et investir ce monde ou les personnes en situation de handicap ne sont pas représentées. Je souhaite montrer que malgré un handicap, il faut toujours croire en son destin. Il ne faut jamais baisser les bras, cette élection me démontre que tous les rêves sont possibles et peuvent être réalisables.