Dossier

Préjugés et handicap

Préjugés et handicap

01/01/2015
Préjugés et handicap


« CHAQUE PRÉJUGÉ ÉLIMINÉ EST UNE VICTOIRE POUR L’HUMANITÉ ! »

préjugé désigne des opinions adoptées en l’absence d’informations ou de pratiques suffisantes. Les préjugés sont le plus souvent articulés sur des mythes, des croyances ou des opinions résultantes d’une généralisation hâtive. A contrario de l’axiome ou du postulat qui s’inscrivent dans un contexte de pensée philosophique ou scientifique et qui sont des hypothèses de travail. Le préjugé est considéré comme une vérité admise (sans démonstration !). Il correspond le plus souvent à un sentiment et entraine un jugement préalable sur une personne ou un groupe de personnes sans posséder les connaissances suffisantes pour évaluer la personne, le groupe ou la situation. Le stéréotype, sur lequel se fonde le préjugé, constitue un ensemble d’images mentales qui influencent le rapport au réel et peut entrainer des paroles simplificatrices et globalisantes ou des actes discriminatoires... Nous avions envie de dénoncer certains préjugés liés aux handicaps, de nous en amuser aussi... Sachant que les préjugés s’enracinent et fertilisent sur l’ignorance crasse.

Pendant de trop nombreuses années (siècles !), les personnes en situation de handicap ont été exclues des projets de société et ont été volontairement cachées. L’évolution socio- historique et politique de la société a permis d’améliorer leurs situations et de définir clairement leurs statuts. La loi du 11 février 2005 a rendu visible une population qui l’était peu. En instaurant une politique volontariste favorisant l’intégration des personnes en situation de handicap dans le monde du travail mais aussi au cœur des projets de société, la France a poussé ses citoyens et ses entreprises à prendre réellement en compte cette problématique. Pourtant des préjugés ou des perceptions erronées persistent et il y a encore des écarts entre opinions, discours et actes... Depuis que l’homme est apparu sur terre, des pathologies diverses ont touché des personnes de tous âges et des deux sexes, et finalement la réaction des membres des communautés humaines a été déterminante pour leur donner un statut particulier ou les isoler parce que « hors normes » « Les handicapés à long terme ne sont ni malades, ni en bonne santé, ni vivants ni morts, ni en dehors de la société, ni pleinement à l’intérieur. » écrivait Robert Murphy dans « The body silent » en 1987. Cette phrase décrit à elle seule le statut particulier que l’on donne aux personnes en situation de handicap. Il y a une forme de catégorisation sociale afin d’identifier et de « stigmatiser » rapidement notre vis-à-vis dans le but d’avoir une image concrète. Celle-ci se fonde parfois sur des préjugés ou des stéréotypes, et s’impose à nous comme étant la réalité. Ces représentations sociales s’élaborent à partir de matériaux très divers : images, formules sémantiques, réminiscences personnelles ou souvenirs collectifs (mythes, contes), clichés dérivés de la connaissance vulgaire (blagues, dictons, croyances, superstitions), idées reçues (préjugés, stéréotypes). Leur émergence est étroitement liée au contexte politique

et socio-historique. Le fait de stigmatiser quelqu’un altère considérablement les rapports avec autrui puisque l’on va avoir une vision totalement erronée de notre interlocuteur à qui l’on va prêter des attributs très éloignés de la réalité. La stigmatisation va enfermer des personnes voir des groupes sociaux dans des représentations subjectives, éloignées de la réalité, où il est très difficile d’en sortir, ce qui conduit les personnes ou les groupes stigmatisés à être exclus. Heureusement, ces représentations sont mouvantes, elles évoluent, elles ne restent pas figées. Elles se construisent tout au long de notre vie par l’interaction avec autrui, par le savoir et notre expérience personnelle à un moment donné dans un temps donné... On le voit les préjugés déforment la réalité et stigmatisent. Ils ont comme résultat un rejet de l’autre ou du groupe qui ne partage pas les mêmes normes et valeurs que celles que l’on possède, que l’on défend ou que l’on diffuse. Les personnes en situation de handicap ont été trop longtemps considérées comme anormales par certains groupes sociaux car, dans une société basée sur l’image et la représentation de soi, où la beauté à des caractéristiques socialement définies, elles transgressaient cette norme. En réaction à cette « transgression », la société a exclu ces personnes. C’est ainsi qu’elles n’ont pas eu accès à l’emploi. On parle d’un temps récent et il est bon de mettre une claque aux mauvaises odeurs comme humeurs car, aujourd’hui encore, certains préjugés ou représentations « stigmatisantes » et donc « excluantes » résistent. Haro !

INSTALLATION ARTISTIQUE DE DEZA NGUEMBOK

« PIÉTINONS LES PRÉJUGÉS ! »

Deza Nguembock, touchée par une maladie dans son enfance qui ne lui permet pas de marcher longtemps ou de bien respirer, est une battante. Elle l’a prouvé en créant une association dès 2007 « Esthétique et handicap » qui se décline depuis 2012 en une entreprise dynamique, » E&H Lab », qui organise des évènements de sensibilisation autour du handicap et apporte aide, conseils et communication aux entreprises.

Mais elle est aussi une artiste qui a lancé en 2014 une « installation » au titre pertinent « Piétinons les préjugés » ! « C’est l’évolution de mon travail qui m’a amené à cette campagne contre les idées reçues. J’avais commencé par un travail sur l’esthétique, puis sur le regard, puis sur la norme et il restait à aborder frontalement les préjugés ! » explique- t-elle.

Elle et son équipe ont ainsi proposé en novembre 2014 sur le parvis de l’Hôtel de ville de Paris et en novembre 2015 sur la Place du Capitol à Toulouse, un espace en forme de bulle qui permettait de décliner le thème sous différents angles. « Il y avait deux dispositifs artistiques développés. Une bulle où les gens se confrontaient aux images sur les idées reçues par le biais d’une vingtaine de dessins qui traitaient de l’emploi, de la vie sociale, de l’accessibilité et de la vie affective et un deuxième dispositif tactile au sol où des dalles connectées sur un écran géant permettaient de déclencher des contenus médias qui donnaient la bonne information. »

« J’AVAIS COMMENCÉ PAR UN TRAVAIL SUR L’ESTHÉTIQUE, PUIS SUR LE REGARD, PUIS SUR LA NORME ET IL RESTAIT À ABORDER FRONTALEMENT LES PRÉJUGÉS ! »

Plus de 12 000 visiteurs ont ainsi été directement touchés... « Les gens ont été surpris et étaient en demandent d’échanges. Nos messages étaient simples, accessibles à tous les publics. Ces installations ont été de l’avis de tous impactant ! »

« Si les préjugés existent encore, les choses évoluent positivement. On ne peut pas rester idiot toute sa vie » s’amuse Deza. « Même s’il y a bien des gens résistants... On est quand même aujourd’hui exposés par toujours plus d’informations, nourris par des espaces de rencontres... Et puis les personnes en situation de handicap ont plus d’expression, me semble-t-il. Avant on parlait trop souvent à leur place. Elles deviennent actrices de leur vie et ont tellement de choses à apporter ! C’est leur expression et la perception de celle-ci qui changera la vision que les gens ont du handicap ! »