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Sport - Handi-motor sports
LES SPORTS MÉCANIQUES À PORTÉE DE MAINS !

Benoît Deshayes est un passionné de mécanique et, délaissant très vite le cursus scolaire classique, le « Rambo » -litain (Ndlr : de Rambouillet dans les Yvelines) s’est tourné vers la réparation des moteurs et la pratique d’engins motorisés. « Mon grand- père travaillait dans un garage automobiles et, tout petit, cela m’a impressionné et intéressé. C’est difficile à expliquer une passion. J’étais séduit par l’ambiance, par l’odeur, par les échanges entre les uns et les autres, par la flamme qui les animait... Dès que j’ai pu prendre un volant, ce fut le déclic. La vitesse mais pas que ! »

Son diplôme de mécanicien en poche, Benoît travaille à la Savac, société de transport en commun, où il part sur les routes réparer les cars en difficulté durant leur trajet. Le 9 août 2013, au retour de sa pause déjeuner, c’est l’accident... « J’ai raté un virage en moto du côté de Chevreuse et j’ai percuté un talus... Je ne m’en souviens pas bien... Les secours sont arrivés et j’ai été aussitôt héliporté à l’Hôpital Beaujon à Clichy... »

La suite ? Une dizaine de jours en réanimation et le diagnostic qui tombe « Paraplégique ! ». Le choc a compressé la moelle épinière juste en dessous de la poitrine. « Ma chance a été d’avoir été entouré par ma famille et mes amis. Ils n’ont rien lâché et je ne voulais ou ne pouvais pas les décevoir. Ils étaient présents chaque jour et m’ont littéralement porté même dans les moments de doute ou de renoncement.»

A Garches où il va séjourner quatre mois, Benoît va se reconstruire au milieu d’autres « accidentés de la vie » et des soignants rompus à leurs pathologies. « Nous formions un vrai groupe de copains. On se disait tout, on s’écoutait, on riait, se chambrait... La vie reprenait le dessus. La première chose que nous avons faite après Garches. Ce fut un séjour à La Plagne où j’ai pratiqué le « dual ski » grâce à Magic Bastos, un para qui, sur place, nous a prêté son matériel adapté ! »

Benoît prend conscience qu’il faut aller de l’avant... « Même si je n’accepte toujours pas ce qui m’est arrivé, j’ai pris l’option de vivre pleinement ! » dit-il dans un sourire qui en dit long sur sa détermination et son envie de croquer d’autres aventures... mécaniques. « Je voyais autour de moi les copains s’éclater sur des engins que ce soit vélo, moto, scooter de mer, karting... et j’ai voulu savoir si je pouvais en faire malgré mon handicap ! La réponse est rapidement tombée ! Tout est possible, il suffit d’adapter l’engin ! »

« ... FAIRE PROFITER DE MON EXPÉRIENCE ET DU MATÉRIEL ET, SURTOUT, POUVOIR REDONNER ESPOIR ET ENVIE. »

Et Benoît va aligner quelques expériences nouvelles comme le « wake board » sur lac, l’ULM et même le handibike tout terrain en participant au « Viarhôna Challenge 2015 » qui a relié le lac Léman à Palavas les flots en août dernier ! Restait à essayer à nouveau la moto... « Je dois reconnaître que je m’étais dit qu’il était hors de question de remonter dessus ! Et puis, à force d’accompagner Loïc, mon beau- frère, et Anthony, son meilleur ami, sur les circuits, ça m’a chauffé... Et un jour, ils m’ ont monté sur une moto avec un système qui permettait de passer les vitesses à la main et j’ai démarré... Je n’ en menais pas large... C’était sur le circuit « Carole » à Tremblay en France... J’avais la tête qui tournait et le cœur à marée basse, et puis, au bout d’un tour, j’ai retrouvé quelques sensations. J’ai prolongé la course et le plaisir a fait place à l’angoisse... »

Depuis, Benoît a acheté une moto qu’il a fait adapter, un karting aussi, et il a créé le 29 septembre dernier l’association « Handi Motor Sports » pour redonner vie et goût aux rêves mécaniques des personnes en situation de handicap moteur. « Cette année, je vais entrainer dans mon sillon deux autres paraplégiques sur les circuits de Dijon, du Mans, de Spa en Belgique... D’autres viendront nous rejoindre. L’ objectif est de faire découvrir ou re-découvrir au plus grand nombre d’handicapés moteurs les plaisirs des sports mécaniques ! Leur faire profiter de mon expérience et du matériel et, surtout, pouvoir redonner espoir et envie. »

Benoît veut également sensibiliser et informer un large public aux dangers de la route par des interventions préventives en milieu scolaire ou en entreprises. « Je n’ oublie pas que la moto n’a fait que ce que je lui demandais lors de mon accident... Nous avons le désir d’organiser des séjours ou des stages pour utiliser des engins motorisés » insiste le jeune président de HMS qui peut s’appuyer sur l’inséparable Anthony, PDG de « Glass Truck Bus », spécialisé dans le vitrage des poids lourds et sur un réseau d’amis. « Nous sommes ouverts. Il suffit de nous rejoindre dans l’aventure et ceux qui veulent apporter un soutien par des dons financiers ou de matériels sont les bienvenus ! »

Benoît a décidé de croquer la vie à pleines dents et de partager cet appétit... « Quand je double en moto des valides en circuit, vous ne pouvez pas savoir comme je suis heureux dans ma tête ! » confie-t-il. « J’aimerais avoir ma vie d’aujourd’hui en valide mais il est hors question de reprendre la vie d’avant mon accident et de redevenir qui j’étais. Si on me laissait le choix, je choisirais ici et maintenant. Je ne peux pas imaginer qu’on m’ enlève tout ce que je vis ! Avant les choses étaient basiques, presque automatiques ou routiniers. Aujourd’hui, c’est émotionnellement plus fort. Il faut aller les chercher... C’est une victoire à chaque fois et cela me remplit de bonheur ! »