Culture

Musiques

01/01/2015
Et si on parlait Musiques

LE SON « FERSENNIQUE » !

THOMAS FERSEN AND THE GINGER ACCIDENT
CHEZ TÔT OU TARD

Thomas Fersen signe son neuvième album studio en 25 ans de carrière. Un album qui réussit la prouesse d’allier sa fantaisie habituelle à un univers musical enrichi d’envolées de cuivres, de cordes et de chœurs. Comme si une main savante avait mixé Nino Ferrer, Jacques Dutronc et Jacques Higelin pour nous servir un cocktail détonnant et original. La voix toujours aussi fêlée, féline,feulée et le son très « sixties » nous emportent dès la première écoute... Des perles rhythm’n’blues comme « Donne-moi un baiser » à la subtile et drolatique « Coccinelle », tous les titres recèlent une joyeuseté loufoque qui distribue une entêtante et lancinante musicalité des mots. Classieux avec ce brin d’impertinence et de décalage qui sied à l’artiste... « On est paumés, on est tranquilles. On est comme les pingouins des îles »... C’est facétieux à souhait même si, parfois, on aimerait que la « patte d’auteur » se mette au service de nobles causes. Mais Thomas Fersen doit se dire qu’on ne change pas une équipée qui gagne... à être (re-) connue !


PRÉCIEUX !

GUILLAUME DEPARDIEU « POST MORTEM »
WAGRAM MUSIC

« Mon corps n’a plus la posture du possible, l’arrogance sublime de la possibilité de l’envol... » Chante Guillaume Depardieu dans « L’estropié ». Ses onze chansons (un deuxième CD offre les onze maquettes originales et son écoute est hautement recommandable !) ne font aucune concession aux modes ! Impudent plus qu’impudique, Guillaume Depardieu provoque, s’agite, rabroue, vilipende la vie uniforme. Sa voix tonne, caresse, raconte, surprend... Impétueuse et rageuse ! « Faisons l’amour », « Si on s’aimait », « Je mets les voiles » sont des merveilles aux couleurs fauves et râpeuses. Mais dans chacun des titres de « Post Mortem », le verbe est corrosif et le regard chargé d’émotions. Comme si Guillaume Depardieu voulait nous transmettre un sourire... de travers ou la propre cicatrice de son existence... « Je n’ai que les mots tout beaux pour dénoncer les mots tout faux » Glisse-t- il dans « Les mots samouraïs » et cela nous fait regretter avec plus d’acuité encore son départ le 13 octobre 2008 à l’âge de 37ans!


CALI OU « L’ÉCORCHE » DES SENTIMENTS !

CALI « LA VIE COWBOY »


Il y a du Brel chez Cali, cette façon de scander les mots, de capter son public et d’offrir avec une impudeur sincère et communicative ses déchirures, ses faiblesses et ses maux d’amour. Cali n’est pas un faiseur, c’est un artiste qui brûle de l’intérieur, et « La vie cowboy » montre qu’il construit une œuvre majeure dans la Chanson française. Trois CD qui se répondent, s’entrelacent et virevoltent ! Il y a bien sûr la tournée électrique « Vernet les Bains ». Deux cd au son intense, à la tension partagée et à l’intelligence rare et, en cadeau, celui enregistré à Bruxelles avec le pianiste Steve Nieve. Détaché de toute contingence rock, les textes dans leur nudité pure touche au profond de l’être et la voix plaintive, déchirante accentue la magie du moment. Cali passe en revue ses titres phares « C’est quoi le bonheur », « Elle m’a dit » ou « Dolorosa », leur redonne une nouvelle vie et se paie le luxe de reprendre magistralement « l’affiche rouge » qu’il rend poignant de bout en bout. Cali est un crieur d’amour, un quémandeur d’absolu, un troubadour moderne en quête de bonheur. Un homme qui se révèle sur scène et s’y sublime. La captation de ce don de lui n’en est que plus jouissif pour celui ou celle qui ouvre son cœur à cette écoute. Ce triptyque musical est la confirmation d’un talent magnifique dont on attend les prochaines merveilles avec impatience...


TOUS AUX ABRIS !

SHANNON « CIRCLE OF LOST SOULS »
MAD ASSOCIATION

Du hard rock qui donne envie d’en écouter ! C’est une denrée qui se raréfie dans nos contrées. Et pourtant, Shannon (groupe français !) vient de sortir une bombe sonique qui remue de l’intérieur et qui s’écoute avec un égal plaisir de bout en bout. Leur troisième album en dix ans n’est pas le moindre, une totale réussite ! Ou quand la puissance, l’énergie se mettent au service de compositions mélodiques impeccablement exécutées. Ils ont durci le... son pour le plus grand bonheur des amateurs du genre, pour les autres ce sera un baptême du feu ! Attention, rien de sauvage, tout est maîtrisé, décomplexé, référencé, modernisé... abouti ! Ce « Circle » contient 13 morceaux bouillonnants (avec à la clef, le slow qui « tue » « Can’t stop the rain », la reprise détonnante de « Smalltown boy » des Bronski Beat et d’imparables tubes heavy metal comme « Halfway To Heaven » ou « Ride To Live »). « Shannon » n’a rien à envier aux Grands ! Et on dit le combo fulgurant sur scène... Du plaisir à venir !


UNE FÉE-RA... DIEUSE !

NATACHA EZDRA « FERRAT AU C(H)ŒUR »
MISTIROUX PRODUCTIONS

De nombreux artistes se sont essayés à chanter Jean Ferrat avec plus ou moins de succès. Natacha Ezdra, elle, réussit l’épreuve sans faute de copie et haut le cœur. Son chant excelle dans l’émotion et le chant rebelle et, même (surtout !) quand elle transgresse le phrasémusical originel, Natacha le rend palpitant. La version de « Maria » en est sublimée comme celle de « Regarde-toi Paname » dont le rendu s’avère moderne et joyeux. Mais que dire de « Nuit et brouillard » et de « Ma France » ? On est saisis par cette voix chorale qui nous propulse vers les cimes. En rendant un magnifique hommage à Ferrat, elle lui rend vie et vibrations. Merci à ses compagnons de c(h)œur : Annick Cisaruk, Serge Utgé- Royo, Véronique Estel, Dominique Dumont et Michel Bühler pour ces moments d’intenses bonheurs.