Culture

Littérature

01/01/2015
Et si on parlait Littérature

« QUAND LES MOTS TIRENT LA LANGUE VERS LE OH »

DE JEAN-JACQUES THIBAUD
GRRR...ART EDITIONS

Jean-Jacques Thibaud, parolier- auteur-scénariste, vient de publier la Bible du mot-valise. Qu’est-ce qu’un mot-valise ? L’union de deux mots existants et qui forment un nouveau mot (Exemple : riquiqui et quiproquo donnent un « riquiquiproquo » : petit malentendu, imparable, non ?)

Son ouvrage « Quand les mots tirent la langue vers le OH ! » (GRRR... ART Editions) est une somme incroyable de travail autour des mots, une réjouissance à la lecture et un plaisir à partager. Car non-content d’offrir un (véri-)dictionnaire de 900 mots-valises illustré magnifiquement par Alain Mathiot.

Quelques perles au hasard, et vraiment au hasard car tout le livre est de cette qualité : Déprimate (déprime + primate) : Singe qui fait une dépression à force de voir les hommes massacrer les forêts ; Japprécier (japper + apprécier) : Aboyer pour dire à une femme qu’elle a du chien ; Chériche (chéri + riche) : nom affectueux qu’une jeune et jolie femme donne à son vieux mari fortuné ; ÉLOGICIEL (éloge + logiciel) : Programme informatique qui permet à un ordinateur de faire des compliments à son utilisateur ; Corridaltonien (corrida + daltonien) : Toréro qui agite une cape verte devant le taureau ; Ampoulpe (ampoule + poulpe) : Pieuvre qui s’allume dès qu’elle se fait brancher par une anguille électrique, Ipodrome (iPod + hippodrome) : Champ de courses où les jockeys équipent leurs chevaux d’un lecteur numérique afin qu’ils aillent plus vite que la musique ; Natationalité (natation + nationalité) : Appartenance légale au pays qu’on a rejoint à la nage ; Miraclette (miracle + raclette) : Repas au cours duquel la charcuterie, le fromage fondu et les pommes du terre tombent du ciel. Cilabe (cil + syllabe) : Partie d’un mot dit avec les yeux... ), l’auteur a créé 70 pages de jeux imparables ! Et c’est une première dans l’édition ! Ce qui en fait Le livre de référence !

Cet orfèvre de la Langue Française nous offre également sa rencontre avec les mots-valises, ses secrets de fabrication et un humour subtil qui le place parmi les plus Grands. La richesse du livre saute aux yeux à chaque page et elle s’adresse à tous les publics (à partir de 9-10 ans jusqu’à la doyenne de l’humanité !) car, nul doute, qu’un CM2, un collégien, un lycéen, un étudiant, un enseignant mais aussi tous les amateurs de bons mots et tous ceux et celles qui vibrent pour notre Langue, ne prononcent un « Oh » d’étonnement, de surprise et d’admiration à cette lecture... « super-rieur » (Attention, cette œuvre hautement recommandable est contagieuse !) !


« HANDICAP, AFFECTIVITÉ, SEXUALITÉ ET DIGNITÉ »

COLLECTIF SOUS LA DIRECTION DE RYADH SALLEM ET VALÉRIE DELATTRE


Voilà un ouvrage de 192 pages qui détonne ! Il fait suite à un colloque sur le thème qui a eu lieu en novembre 2010 lors du « Mois Extra- Ordinaire » initié par la Mairie de Paris. Mais il va au-delà par la qualité des trente auteurs qui sont intervenus pour enrichir la réflexion. Ici, les maux sont posés et les mots sont pesés ! Parfois, ils dérangent dans ce qu’ils ont de cru ou de vécu. Parfois, ils émeuvent dans ce qu’ils engagent de l’intime. Mais, ils assènent des vérités, ouvrent des pistes, revendiquent, témoignent... Comme s’ils élargissaient la marge. Des universitaires, des éducateurs, des handicapés bien sûr, des élus, des professionnels de la santé, des aidants, des écrivains, des amoureux(-euses) ont entrepris de de tout aborder sans tabou mais, le plus souvent, avec une extrême délicatesse. Le lecteur peut s’arrêter sur tel article, telle pensée, tel savoir dans l’ordre qu’il désire. « Mon corps et moi, on a mis des années à s’entendre. On a été étrangers pendant longtemps. Pour moi, il n’était que cette enveloppe douloureuse qui passait de main en main. On touchait une pathologie plus qu’une personne... J’ai appris à l’apprivoiser, me l’approprier... Aujourd’hui, il n’y a plus que moi, sans séparation, car mon corps est rentré dans ma tête. Il devient ce qu’il aurait dû être et je n’ai plus qu’à vivre pleinement qui je suis. Un jeune homme de 20 ans, heureux, amoureux et qui, par hasard, est monté sur roulette. » confie David. Vous l’avez compris, nous sommes loin (à l’opposé !) de ces émissions télé où e voyeurisme côtoie le dégoulinant, le vulgaire ou la leçon de courage. On y parle sans fuir les débats : des lois, de l’assistance sexuelle, des projets de vie, de parentalité, des fantasmes, de la sexualité et surtout d’amour ! « Tout commence un jour par ça : quoi de plus naturel d’aimer, de faire l’amour, d’avoir du plaisir et des enfants... Et ainsi va la vie, simple et tranquille ! Pourquoi faudrait-il donc que dans nos sociétés éveillées car éclairées, la sexualité et l’affectivité des personnes handicapées soient encore des tabous ? » interroge Ryadh Sallem dans sa préface. Une pierre est ici érigée dans la construction de réflexions positives et libérées de toute entrave moralisatrice afin que nos sociétés progressent dans la dignité et le respect de tous ! Un ouvrage de référence qui fait avancer les pensées et les attitudes !


« LE P’TIT BERLAUDIOT »

DE SERGE CAMAILLE
ÉDITIONS MARIVOLE 20 EUROS

L’idiot du village... être différent dans les années 60, être un enfant différent dans la campagne Berrichonne... Comment malgré une certaine tendresse que lui porte les gens « normaux » le p’tit Berlaudiot vit cette différence ? Comment traverse- t-il trois décennies en se confrontant aux gens de son village et à l’évolution de sa campagne qui subit les affres du progrès. Il a sa vie, son monde à lui aussi le p’tit Berlaudiot, avec quelques joies et pas mal de drames, et malgré la douceur de l’Aubois, il doit grandir et VIVRE !

Serge Camaille nous livre un beau récit tendre et rempli d’une humanité hors de toute compassion hypocrite. L’écriture est sensible et ne joue pas du lecteur. Elle l’accompagne avec sincérité et on se prend à grandir à côté de ce p’tit Berlaudiot, à l’aimer aussi. Serge Camaille est un enfant du Berry qui a passé son enfance à La Guerche. Il puise son inspiration de ette terre natale qu’il chérit et nous fait partager l’existence du niais, du bredin avec une affection sans limite et balaie avec élégance trente années de sentiments, de réalité champêtre et de changement des mentalités.

Il signe-là son premier roman et on peut dire que Serge Camaille a joliment réussi son tour de « page- page » !