Dossier

Laurent Salvard

Laurent Salvard

01/01/2015
Laurent Salvard

« L’ÉCOLE NE LAISSE PAS À MON FILS AUTISTE LA CHANCE D’ÊTRE LE DERNIER ! »

Dès le premier jour, en petite section de maternelle, j’ai compris que cela allait être compliqué. Les parents avaient le droit de rester une partie de la matinée dans la classe. Gabin a entrepris de reconstituer un puzzle et, à la table d’à-côté, un père expliquait à son fils comment réaliser des escargots avec de la pâte à modeler. Ce qu’il fit... J’ai pris conscience qu’il allait falloir des années à Gabin pour faire de même ! Ce fut violent ! » s’amuse aujourd’hui Laurent Savard. Et puis, il y a eu la première réunion où les parents s’inquiétaient de la prolifération des poux au sein de l’école. « Vous imaginez qu’avec Gabin notre problématique était toute autre ! ». Le spectacle « Le bal des pompiers » est d’ailleurs né à l’école. « Lors d’une réunion pédagogique, la directrice de la Maternelle a clamé haut et fort « Vous savez quand je suis entrée dans le métier d’enseignant, ce n’était sûrement pas pour m’occuper d’enfant handicapé ! Gabin était, alors, en moyenne section, à peine cinq ans, et on l’installait dans une case. Du genre, « J’ai 24 élèves plus 1 ! ». On lui faisait sentir qu’il était ce 1 ! Ce fut une nouvelle claque ! Je suis pourtant difficile à déstabiliser...» Laurent aura aussi le droit à la psychologue scolaire et son « Vous voyez votre fils dans la cour de la récréation, il se situe le plus souvent au centre d’un rond dessiné au sol... C’est pour mieux chercher l’utérus de sa maman ! Ubuesque, non ? ».

« C’EST MON FILS AUTISTE QUI M’A ÉDUQUÉ ! »

« A partir du CE2, on a eu le diagnostic médical de Gabin, il s’agissait d’une mutation génétique... On connaissait ses limites mais on a constaté aussi les limites du milieu scolaire. Il fréquente aujourd’hui une CLIS trois matinées par semaine, c’est quelque chose d’accepté. Le reste du temps, il fait beaucoup de sports, du roller, du ski, de l’accro branches. Il est pris en charge par un orthophoniste. Son emploi du temps est chronométré. Gabin peut t’épuiser en dix minutes ! C’est un feu d’artifice permanent ! » Mais Laurent n’en démord pas : son but n’est pas de pointer du doigt des « ennemis » mais d’utiliser l’humour pour faire changer les mentalités et briser quelques vilains préjugés. « Quand j’entends certains enseignants qui justifient leurs mauvais comportements en disant qu’ils n’ont pas été formés... J’ai envie de leur répondre « Pas formés pour simplement humains ! ». Dès le plus jeune âge, on essaie de sortir l’enfant différent du système. « Il faut suivre le programme ! », « Il faut atteindre les objectifs en matière d’apprentissages », « Il faut être dans les normes ! » sont des phrases récurrentes. Je sais que le handicap mental qui ne se voit pas la plupart du temps fait peur. La société n’aime pas ce qui a un mode de fonctionnement différent. Mon combat est que les enfants soient sensibilisés à la différence très tôt. On apprend des tas de choses à l’école qui ne serviront pas dans nos vies d’adultes et on n’apprend pas ce qu’est être humain ! » Laurent sait que les choses évoluent à « pas lents » et comme il le dit « Je pourrai faire « Le bal des pompiers 2 », « Le bal des pompiers 3 »... » Mais a-t-il envie d’endosser la panoplie de Rambo, lui le « papa mais pas que ! » ? A suivre...

« LE BAL DES POMPIERS » MET LE FEU !

Au milieu des années 90, Laurent Savard fait ses débuts de comédien avec son one man show « Une certaine envie de frapper ». Puis, il joue sa première pièce, « Y a-t-il un facho dans le frigo? » au « Splendid » en 2000 avant l’arrivée de son fils Gabin, enfant autiste et hyperactif, qui va le détacher du monde du spectacle et lui changer la vision de l’humour et de la vie ! « En 2010, j’ai ressenti le besoin de « replonger ». J’ai créé « Le bal des pompiers » qui aborde par l’humour le thème de la différence. » Un retour sur scène en fanfare tant ce spectacle tout public est drôle, fin, touchant et salvateur ! « J’ai créé un « phénomène » avec ce spectacle. On y rit beaucoup mais surtout je renvoie le vécu des parents ! Quand je l’ai écrit, je l’ai fait lire à différents potes dont Stéphane Guillon. Je voulais être irréprochable, inattaquable et ne pas rater le spectacle pour Gabin ! Il respire le vrai et les retours sont fabuleux. Je ne pouvais pas penser au départ que ce que je vivais d’autres le vivaient... J’ai utilisé les techniques du one man show au service du spectacle mais je suis accompagné d’une pianiste, Anaïs Blin, qui apporte des émotions supplémentaires. » Le spectateur assiste au déroulement d’un film à « l’italienne » : les déboires d’un papa d’enfant autiste. Pas une complainte mais une fête somptueuse de l’humour et de l’amour, à conseiller au plus récalcitrant des cœurs ! « Je ne suis pas un militant, j’ai du recul et je joue avec les armes de l’humour pour emmener le plus grand nombre dans l’histoire. Il ne faut pas enfermer le handicap dans un ghetto.

Aujourd’hui, j’ai des enseignants qui me demandent conseils, des psychologues qui ont vu mon spectacle... Je crois que le spectacle représente un témoignage qui laisse une trace en chacun. » Ou une petite lumière d’espoir...