Culture

Cinéma

01/01/2015
Et si on parlait Cinéma

« SALUT LES AMATEURS DE PELLICULES, ÇA VA DÉCOIFFER ! »

Bref, rien de changé sous la pluie : point de résumés de films. Je déteste toujours autant les bandes-annonces ! Je me calfeutre dans mes impressions. Mon enthousiasme ou ma colère. Car il est fort intéressant – pour vous, ô lecteur – d’avoir un autre éclairage sur les événements dits artistiques, ne serait-ce que pour se désengluer du politiquement correct qui tue, des poncifs rebattus vantés par des bouches mercenaires qui hurlent avec les loups, et des lauriers usurpés.

COMME UN ULTIME SON DE CLOCHE AVANT DE RANGER VOS DVD DANS VOS RAYONNAGES...

ET SI?

« TEL PÈRE TEL FILS... »
DE HIROKAZU KORE-EDA

Le Japon, depuis Kurosawa, a bien changé. Voici un film sur la vie, sur le rôle auquel chacun peut prétendre, sur les relations familiales, les doutes qui minent, les exigences vitales qui paralysent, le malheur soudain qui change la donne et engendre la colère, délivre l’orgueil enfoui et pénètre avidement dans la faille, dans la plaie pour ronger, voire détruire. Le tout avec des gamins formidables de naturel et d’authenticité, des femmes conscientes et objectives sur la culpabilité, le chagrin et la solidarité, avec des hommes qui ne pensent que « possession », rivalité, honneur, sang... Deux heures où l’on suit ces deux couples en errance pour mieux se retrouver soi-même. Et se poser la question : et si ça m’arrivait ?


DÉROUTANT

« GOLTZIUS ET LA COMPAGNIE DU PÉLICAN »
DE PETER GREENAWAY

Depuis « meurtre dans un jardin anglais » on sait que Peter Greenaway est un fou de peinture, mêlant esthétisme à fleur de peau, peinture du 17ème ou symboles bibliques sous des éclairages à la manière du Caravage. On aime ou on n’aime pas. Moi je suis fasciné par ce souci de l’image, sa construction, voire sa destruction, par ces corps qui s’offrent sans provocation mais sans gêne, ces histoires différentes par leur contenu mais si semblables dans leur approche. Comme les facettes successives d’une même question sur la vie, l’amour, la mort, la beauté, la laideur... L’ essentiel, quoi. Alors on erre dans des gravures en chair et en os, (plus en chair qu’en os, d’ailleurs) avec Loth, David, Samson, Jean-Baptiste... des femmes offertes, des hommes prêts au duo amoureux, et des témoins voyeurs sur le plateau dont on a l’impression de faire partie... C’est à la fois déroutant, surchargé, toujours surprenant, choquant (pour certains). En tous cas, ça ne laisse pas indifférent. C’est un « autre » cinéma.


JOLI (ES) !

« UN ÉTÉ À OSAGE COUNTY »
DE JOHN WELLS

Ou « Même les grandes stars du cinéma américain peuvent encore nous étonner ! » Meryl Streep est divine dans ce rôle de femme finissante, aigre, amère, violente et décadente. Julia Roberts est magnifique, dans un rôle plus proche d’une « Marie Reilly » que de « Pretty woman ». On s’y croit ; on est avec elles dans cette maison, au milieu des règlements de compte, de cette violence trop longtemps enfouie qui fuse. Le cadre est aussi paisible que la maison est explosive. Les ressentiments, les secrets, tout y est: les ingrédients sont sur l’écran ; et ça fait recette ! Ce grand écart permanent fait que l’histoire sans cesse nous interpelle. Regardez donc ce film. Je préviens : on n’en sort pas indemnes...


ADIEU, L’ARTISTE !

« AIMER, BOIRE ET CHANTER »
D’ALAIN RESNAIS

Il faut, quand on est artiste et qu’on le peut, laisser un testament. Pour les cinéastes, c’est un film. Un dernier pour la « route ». Dans le cas d’Alain Resnais, on ne peut dire autre chose que « bonne route, l’artiste et merci ». Il a toujours su filmer avec tendresse ses acteurs et actrices. Là on passe de la campagne anglaise à un décor de papier. Certes, il est beau, coloré, magnifiant les personnages qui déambulent devant. Certes les femmes sont souveraines. Mais la magie n’a pas opéré ; on reste trop au théâtre filmé. Qu’est-ce qui l’empêchait de tourner dans de véritables décors ? Le film en serait devenu un. Et non une pièce filmée. Je garde de cette projection les visages de trois femmes, un bon scénario et des couleurs, comme dans un tableau chatoyant. Et le regret de ne pas avoir trouvé au milieu de tout ça, un film.


BEAU !

« DALLAS BUYERS CLUB »
DE JEAN-MARC VALLÉE

Jean-Marc Vallée a réussi un tour de force. Mettre en scène une vie brisée sans tomber dans le pathos, mettre en scène Matthew McConaughey dans un rôle rebelle et dans lequel il est simplement formidable, piétiner l’homophobie sans débat inutile et nous tenir en haleine pendant cette descente aux enfers qui ressemble aussi à une rédemption. Un beau film, grave, humain.


A VOIR !

« DANS LA COUR »
DE PIERRE SALVADORI

Une femme prisonnière de ses angoisses et qui déraille peu à peu, un gars paumé et indécis qui semble boiter de la vie et semble fuir même lui-même, un lieu clos comme une arène, le tout dans une bulle lourde et opaque qu’une anecdote drôle peut aussitôt faire éclater. Une histoire du quotidien, entre le rire et les larmes, entre comédie et tragédie autour d’une fissure qui symbolise toutes les fêlures intérieures, avec la peur de la solitude, le besoin du refuge protecteur et les fragilités destructrices... A voir. Pour les acteurs et pour la manière subtile de traiter le sujet.

COUP DE CŒUR !

« THE SWEET PEPPERLAND »
DE HINER SALEEM

Film beau de par ses paysages et de par ses deux héros. Ce couple symbolise le désir de renouveau d’un peuple, d’une région, et la remise en question (salutaire) des traditions castratrices. Des esprits chagrins veulent y voir une simplification à outrance des problèmes ; d’autres regrettent la lenteur ou l’importance des prises de vue de la région. Ou le symbolisme « facile » du rôle de l’école ou du combat des chevaux... Moi j’y vois un cri d’espoir à travers un nouveau genre : le western asiatique. Ou plutôt, leEasternkurde.Etentoiledefond une présentation du rôle des femmes qui ne peut que me réjouir. Farahani est superbe. A la fois discrète et présente, rebelle et aimante. Sa mélodie résonne dans les montagnes de son pays comme le désir sourd et infatigable de cette libération tant espérée dans les comportements. Et les autres femmes portant une arme à l’épaule, qu’est-ce que ça fait du bien ! Le scénario aurait pu obliquer vers une fin tragique; ça aurait alimenté des chroniques polémiques. Mais non. Il a choisi de « positiver ». Le grand nettoyage. A la Clint Eastwood. Pourquoi pas ?


LES SANGLOTS LONGS...

« LES TROIS SŒURS DU YU-NAN »
DE WANG BING

Bon. C’est le genre de reportage qu’il faut voir quand on va bien. Ca ne remonte pas le moral. Ca étale sans fioritures le quotidien d’une famille paumée au fin fond de la Chine. Trois sœurs, leurs corvées journalières, leurs sourires épisodiques, leur repas, leur école aux murs tristes, leur toilette de chat, les brumes estompant les contours du paysage et de l’avenir... Après avoir vu et revu dans les médias l’essor de la Chine, les nouveaux millionnaires de Pékin, les buildings qui s’érigent, les hôtels de luxe arrogants et les fortunés touristes, on a un peu de mal à faire cohabiter ces deux univers et on est interpellés. Mais deux heures vingt, c’est longuet... d’autant qu’on ne sort pas du microcosme paysan et qu’on est là à contempler l’envers du décor d’un pays trop grand avec notre vision étriquée d’Européen. Avec une heure en moins, cela aurait été beaucoup plus fort...


GRAND !

«TOM À LA FERME »
DE XAVIER DOLAN

Que dire? A part « génial »... Xavier Dolan nous propose une histoire à la fois simple sur le plan situation et complexe sur le plan sentiments. Et on a peur pour Tom. J’ai tremblé d’un bout à l’autre du film dans ce huis clos étouffant, on se sent nous aussi prisonniers de cette ferme, lieu clos et symbolique, où le mensonge règne en maître, et où les masques ont du mal à tomber. Brillantissime scénario, images porteuses, musiques adaptées, acteurs en phase. Rien à rajouter. Sauf signaler qu’au générique de fin, Dolan apparaît parmi les acteurs, à la réalisation, au montage, à... Un authentique talent.


MILITANT !

« JIMMY’S HALL »
DE KEN LOACH

C’est bien joué. C’est bien filmé. C’est bien monté. Mais ... il y en a toujours un, hélas... c’est sans surprise et moins fort que les précédents. Et puis, on peut éplucher ainsi notre histoire et en tirer autant d’aberrations qu’on veut. Est-ce que le cinéma doit être un relais ? Ou l’unique porteur de ces combats ? Est-ce que le film doit être uniquement un combat ?... Il n’y a pas beaucoup de rêves là-dedans. C’est peut-être le prix à payer pour rester un cinéma militant... sans doute...


PAS BÊTE !

« QU’EST-CE QU’ON A FAIT AU BON DIEU ? »
DE PHILIPPE DE CHAUVERON

Oui, je sais, des esprits chagrins, des intellos de service (ou de sévices) m’attendent au tournant : « Le film est hypocrite, il exploite des clichés qu’il veut dénoncer... » et patati et patata... En France, on refuse de pouvoir rire des Noirs si le comique ne vient pas d’un Noir, des Juifs si ça ne vient pas en direct de la synagogue, des Arabes si l’acteur ne va pas à la mosquée, ou des cathos si le scénariste ne prie pas à la messe tous les dimanches. Où sont passés les nouveaux Coluche ? Les nouveaux Desproges ? Différencions l’idéologie et l’humour! Mais bon, pour les esprits libres ou libérés, on a encore le droit de rire des travers humains, fussent-ils confessionnels ! Lefilmestdrôle.Lepublicrigole.Ilrit de nos rites désuets, de nos traditions sans fondements véritables, de nos manières d’agir pleines d’a priori, de nos peurs ancestrales, du choc des cultures. On peut aussi en pleurer ; mais ce n’était pas le choix du metteur en scène qui a voulu - simplement - contenter nos zygomatiques. Certains ont trouvé drôle «le loup de Wall Street ». Je ne savais pas que les gens style Madoff pouvaient faire rigoler... Moi, ça m’a gonflé! Bref ! Sans aller jusqu’à les comparer car les portées - et les visées - sont autres, mais Benigni nous a bien faire rire avec «Lavieestbelle!»Chaplinavec«le Dictateur », et les Marx Brothers avec « Plumes de cheval ». Donc on peut rire de tout! Et comme dit Boujenah : « Plus le siècle est sombre, plus il faut rire ! ». Alors ici certes, c’est beaucoup plus franchouillard, plus blagues de potaches, mais ça demeure une comédie de mœurs... A moins, mais on ne nous dit pas tout, qu’il y ait des sujets qui restent tabous en France...


A FOND !

« LUCY »
DE LUC BESSON

Je sais, on n’encense pas Luc Besson ! Ca fait « critique de seconde zone ». Mais je m’en fous. J’ai aimé sa Lucy. C’est du vrai cinéma ! Après Lilou et sa fragilité dans « le 5ème élément » ; après Nikita, la tueuse, voici Lucy et sa dérive spirituelle (car au fond, il s’agit de ça). Scarlett Johansson est totalement prise par son rôle et nous entraîne à sa suite (elle est omniprésente), les scènes sont rapides, on ne s’ennuie pas une seconde. Si on veut chercher des petits accrocs, on peut se demander pourquoi aller chercher des mafieux coréens ?... et pourquoi avoir fait une bande- annonce avec des effets spéciaux qui ont leur importance dans la narration? Nikita n’en avait pas eu du tout, et ça créait un vrai mystère autour du film qu’on n’a pas eu là... Mais bon, c’est du purisme...


PEU !

« L’HOMME QU’ON AIMAIT TROP... »
D’ANDRÉ TÉCHINÉ

Ben, pour moi, Téchiné, c’était les « roseaux sauvages », le merveilleux « Ma saison préférée » ou le redoutable et magnifique « les Témoins ». Là ce n’est ni une fiction (à cause des noms conservés et du jugement de la fin) ni une réalité (on nous prévient que des anecdotes et des dialogues ont été ajoutés). Du coup, comme les trois personnages sont à peine esquissés, à peine effleurés, on se demande ce qu’on est venu faire dans cette galère. Aucune empathie pour aucun. Je suis sorti en me disant : « Et après ? » Des scènes se suivent. Il n’y a pas de fil conducteur seule une chronologie. Ni de prise de position, discutable ou pas. Juste une caméra qui cherche dans des personnages un intérêt quelconque et qu’on ne trouve pas... Comme un pointillisme inachevé alors qu’on attendait des « révélations », des confrontations, des zones d’ombre... Et comme on dit dans le milieu : A suivre !