Dossier

Philippe Croizon - Plus fort la vie

Philippe Croizon - Plus fort la vie

01/01/2015
Philippe Croizon - Plus fort la vie

« JE N’AI QU’UNE MOTIVATION : L’ENVIE ! C’EST LE MOTEUR DE MA VIE »

Comme le dit Boris Cyrulnik dans sa préface du livre « Plus fort la vie » de Philippe Croizon « Je pense que ce goût du dépassement de soi n’est pas étranger à la victoire contre la mort qu’a remportée Philippe. Il a vu la mort, il l’a côtoyée, elle n’a pas pu l’emporter, il a été le plus fort... Mais on a le choix entre la mort ou la victoire, on ne peut plus hésiter, il faut y aller. ». Et l’ex-métallurgiste victime d’une électrocution qui lui a brûlé les quatre membres va prendre son destin « en main » souligne-t-il amusé. « Ce sont les miens et l’amour qui m’ont sauvé ! » Un nouvel amour qui « m’a donné des ailes ! ». Philippe est un battant mais au-delà de cette étiquette qu’on plaque trop vite ou si facilement, il y a un homme meurtri dans sa chair et dans sa tête qui va se reconstruire. « Il y a un temps pour tout ! Pour hurler, pour pleurer, pour ne plus croire mais il ne faut pas lâcher, pas se décourager ! J’ai eu mon accident et j’ai rebondi. J’aime ma vie d’aujourd’hui ! » Clame-t-il avec enthousiasme. « J’ai envie de dire aux personnes « accidentés de la vie » ou en situation de handicap de ne pas regarder derrière, de ne pas s’attarder sur le passé, voir ce qu’il vous reste et, avec, faire les choses à 1000% ! ». Philippe a relevé des défis comme sauter en parachute avant de s’attaquer à la traversée de la manche... « Il n’y avait rien de plus beau pour moi que cette traversée ! » Avoue-t-il la voix gorgée de fierté. Il faut dire que l’exploit sportif n’était pas maigre et que les souffrances endurées à l’entrainement lui ont permis de vaincre. « Je n’ai qu’une motivation : l’envie ! C’est le moteur de ma vie ! » Cette envie qui va l’amener à... relier les cinq continents à la nage. Un pari fou qu’il va relever avec son ami, Arnaud Chassery, et qu’il narre dans son deuxième livre « plus fort la vie ». « On imaginait au départ que cela serait 90% de compétition sportive mais on vite été submergé par l’aventure humaine dès la Papouasie ! »

« ... Je vois une petite tête blonde lever la main, un tout jeune gamin, apparemment timoré. _ Monsieur Croizon, vous avez réalisé un défi incroyable. Moi aussi je voudrais relever un défi. _ Ah bon, mais c’est quoi ? _ Je voudrais vous faire un énorme câlin. » ... A travers ce gamin, je me rends compte qu’il n’y a pas de petits courages. Depuis, le câlin, c’est devenu ma spécialité à grande échelle ! » Ecrit-il dans son dernier ouvrage. « Passer par les mots participe à cette envie de partage. Et le partage est une drogue ! L’aide de l’autre m’est vitale et j’aime à la considérer comme un échange, un moment de partage...» On le sait l’écriture est une présence humaine (celle des personnages, de l’auteur, de nous-mêmes parfois !). Dans ces trois livres (Ndrl : « J’ai décidé de vivre », « J’ai traversé la manche » et « Plus fort la vie »), Philippe Croizon se raconte et sa « grande » aventure comme sa reconstruction sont porteuses d’espoirs et... d’humour. Le bonhomme n’en manque pas d’ailleurs. « Mon handicap est spectaculaire. Pour qu’il s’estompe, je dois briser la glace. En racontant des blagues, en faisant le bouffon, cela devient possible. Mais l’humour à tout prix n’a pas de sens. » Son parcours de résilience nous transporte du rire aux larmes et il révèle une soif de vivre et d’amour. « Être handicapé, c’est parfois ne pas avoir encore accepté son handicap, se débattre dans le déni et la colère. Aujourd’hui, je suis capable de dire : je suis une personne en situation de handicap. Il m’a fallu du temps pour cela mais après toutes ces années (Ndlr : son accident est survenu en 1994 !), c’est une réalité pleinement intégré. » Assumé même ! « Malgré les blessures du corps et de l’égo, les doutes et au-delà de la souffrance des entrainements, le sport se nourrit de la fragilité de l’être, de ses failles aussi pour mener à la plus belle des victoires : le respect de soi- même ! J’y ai trouvé une réponse à mon besoin d’existence. J’ai relevé des défis et personne ne me les a imposés. J’ai tout simplement fait ce que j’avais décidé ! Cela ne m’empêche

« JE SUIS PEUT-ÊTRE UN MIROIR DÉFORMÉ DE LA RÉALITÉ OU DE LA NORME, MAIS UN MIROIR QUAND MÊME ! »

pas d’avoir du blues... Lorsque je le sens monter, je prends mon fauteuil et je vais crier un bon coup dans la forêt, je lâche le trop plein et je repars, regonflé à bloc. Avec le plein d’énergie. » Certains lui reprochent son « omniprésence » dans les médias. C’est un bon « client » des ondes et du petit écran, le mot facile et le sourire éclatant ! Mais comme le dit Arnaud Chassery qui a participé à l’exploit et qui reconnait que la symbolique, ce message du duo au- delà des frontières, n’a pas été perçu : « Chaque millimètre grignoté sur l’indifférence permet aux invisibles d’accéder à la lumière. Il y a de la place pour d’autres. Il est temps pour eux de la prendre, sans pour autant devoir braver les mers et les continents ! » Philippe Croizon est un exemple. A d’autres de le suivre, de tracer leur sillon. « A tous ces pessimistes qui m’imaginaient dans la tombe, j’affirme que je suis désormais chanceux, plein d’envies et de projets. Je suis certains qu’aujourd’hui, on me regarde pour ce que je suis et non pas pour ce que je parais ! Je suis peut-être un miroir déformé de la réalité ou de la norme, mais un miroir quand même ! »