Culture

Cinéma

01/01/2015
Et si on parlait Cinéma

« SALUT LES CINÉVORES OU COMME DISAIT MON COIFFEUR STYLÉ, « SALUT LES AMATEURS DES CRANS ! »

Bref, rien de changé sous le réchauffement climatique : point de résumés de films. Je déteste toujours autant les bandes-annonces, les a priori, les bouches mercenaires, les engouements aveugles, les formatages conventionnels... Je me réfugie dans mes impressions premières. Mon enthousiasme sans retenue ou ma colère éruptive. Car il est fort intéressant – pour vous, ô lecteur – d’avoir un autre éclairage sur les sorties de films, ne serait-ce que pour vous délivrer du politiquement correct qui flingue, des poncifs rebattus vantés par des bouches mercenaires qui glapissent avec les grues, des souris qui chicotent ou des paons qui braillent.

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INTELLIGENT !

WINTER SLEEP
DE NURI BILGE CEYLAN

3h16. Ça fait peur, a priori. Mais moi qui ai visionné trois fois « Lady Chatterley » sans m’ennuyer une seconde, ça ne m’atteint pas. D’autant que tellement de films plus courts sont d’un ennui à pleurer... Alors oui, j’ai apprécié le film de Ceylan. Oui c’est beau, oui c’est bien joué, oui les personnages sont bien campés, surtout si on projette sur chacun d’entre eux le nouveau visage d’un pays qui se cherche, qui hésite, qui louvoie entre traditions et modernité, entre les coutumes ancestrales et l’équilibre homme – femme. La vision de l’autre, les questions que l’autre nous renvoie, la « hiérarchie » sociétale, riche pauvre, homme femme, révolté soumis... ça ce sont de vraies questions qui doivent se poser quel que soit le milieu, le pays ou le continent. Tout le monde s’accorde à trouver le film intelligent et brillant sur la forme. C’est déjà ça ! Certains lui reprochent un côté ennuyeux, et sa longueur. On parle de Bergman, on évoque Antonioni... Pourquoi faut-il toujours qu’on étalonne les talents, qu’on invente des concours, qu’on compare les formes d’expressions ? Certes un quart d’heure de moins, c’eût été opportun. Mais comme pour tant d’autres films encensés par des esprits formatés, une heure 40 en moins, c’eût été parfait, on peut relativiser la portée et le fondement de la critique...


BRAVOS !

MOMMY
DE XAVIER DOLAN

Xavier Dolan est un metteur en scène à part. Il fait tout, touche à tout, écrit tout ce qu’il met en scène, joue... Un artiste complet qui fait irruption dans le ciel des étoiles du cinéma avec une rare intensité, un incroyable nouveauté, un regard mâture et sûr, une manière intimiste de diriger ses acteurs, et un sens de la musique qui à la fois sous-tend le propos, ou envahit au point de gommer les éventuels dialogues et même de les remplacer... L’inclusion parfaite, plus explicite qu’un dialogue attendu. Ces relations conflictuelles, cette impossibilité à communiquer, ces barrières invisibles, ces folies destructrices, ces fragilités humaines, ces mâles sûrs d’eux, ces femmes superbement angoissées et désireuses d’une vie intense, pour elles et les autres... Tout bouscule. Rien ne laisse indifférent. Et cet écran carré qui nous enserre, nous étouffe, comme l’univers carcéral du prisonnier, comme une camisole de force. Juste un ou deux moment(s) de respiration, très épisodiques, pour mieux replonger à nouveau dans des horizons étriqués et réducteurs. Dérangeant et incroyablement humain.


NI FAIT, NI À FAIRE!

ON A MARCHÉ SUR BANGKOK !
DE OLIVIER BAROUX

J’attendais de l’aventure, des poursuites, des rebondissements... Tout est plat comme une limande. Quelle déception! Et j’en ai marre de ces bluettes dites «comédies» où on ne rit pas, on s’ennuie ferme, on n’est surpris par rien, et on sort en se demandant «qu’allions-nous faire dans cette galère?» Heureusement, il y a Chawanrut Janjittranon! Une gamine adorable. Et la musique, bien choisie... En fin de comptes, ça ne pèse pas lourd dans la balance de l’épreuve. Le reste?... Peu crédible, pas drôle (comme d’habitude, les rares gags et rebondissements sont tous dans la bande-annonce...) Attention à cette tendance qui veut surfer sur la vague des succès (Intouchables... qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu?...) Il nous faut des dialoguistes fins, des scénaristes cherchant la surprise, l’amusant, une vraie rencontre avec les habitants, une authentique découverte loin des cartes postales... Stop aux stéréotypes balourds ! Aux films qui ne tiennent debout qu’à cause des acteurs... Même ça, c’est usé. Donnez-nous aujourd’hui notre bain quotidien... d’humour!


SANS PERDRE ALLEN

MAGIC IN THE MOONLIGHT
DE WOODY ALLEN

Comme toujours il y a les pour et il y a les blasés. Woody Allen ne passe jamais inaperçu... J’avoue que j’ai été émerveillé par cette histoire. Je suis sorti de là ragaillardi, ébloui par le travail d’image et de reconstitution, par le jeu des acteurs qu’on sent complices, les détails qui fourmillent, la musique omniprésente qui nous charme, les dialogues ciselés, riches, peut-être même trop, on a juste le temps de réaliser la profondeur de certains qu’on est déjà passé aux suivant... Une réussite totale, un beau spectacle et une réflexion sur les apparences, les relations humaines au-delà des castes, la spiritualité de façade, le goût scientifique de la vérité, et la puissance des sentiments... Courrez-y, ça remonte le moral!