Portrait

Aaron Fortheringham

Baptiste Gossein

01/01/2015
C’EST L’HISTOIRE D’AARON FORTHERINGHAM - Wheelz

« Le fauteuil peut être autre chose qu’un simple moyen de locomotion »

Chaque discipline a son lot d’icônes, de légendes, des personnes qui n’ont eu de cesse de s’élever, de repousser les limites. Nul doute que dans la liste de ces précurseurs, un nom peut d’ores et déjà être ajouté, celui d’Aaron Fortheringham, véritable ovni d’une discipline nouvelle dans la lignée du skate et du BMX... Mais en fauteuil roulant, le WCMX (Wheelchair Motocross). ́
Repousser les limites et ne jamais renoncer, voilà comment pourrait se résumer l’état d’esprit d’Aaron. Une philosophie qui lui permet maintenant d’aller aux quatre coins du monde, au point de devenir un exemple, l’exemple d’un gamin handicapé de naissance qui devient source d’inspiration.

Tout commence en 1991 à Las Vegas aux États-Unis. Né avec une spina bifida, une maladie congénitale qui le prive de l’usage de ses jambes, Aaron est adopté par la famille Fortheringham comme cinq autres enfants. Ses parents n’auront alors de cesse de lui dire que tout est possible et c’est dans cette perspective qu’il s’épanouit. Jusqu’à l’âge de trois ans, il alterne entre le fauteuil et les béquilles pour se déplacer, allant même plus tard jusqu’à s’inventer un personnage appelé « Béquille Boy », en alternant bien sûr avec les bêtises d’un enfant de son âge.

Il passait la plupart du temps avec son frère Brian à Pro Park, un lieu renommé pour les skaters de Las Vegas. Un jour, Brian a la bonne idée de demander à son frère de descendre une petite rampe en fauteuil, il n’en faut pas plus pour qu’Aaron se lance dans la pente... Et finisse par tomber ! Mais le plus dur était fait et à force d’entraînement et de persévérance, six mois plus tard, notre rider en herbe réussi son premier trick en soulevant une partie de ses roues arrière au-dessus d’une bosse. Seulement un problème vient rapidement se poser au fur et à mesure des chutes, la solidité du fauteuil, qui rendra l’âme peu de temps après.
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L’assurance refuse alors de remplacer le fauteuil et les Fortheringham sont obligés de le réparer façon système D, ce qui a pour conséquence d’obliger Aaron à arrêter le skatepark. Mais c’est sans compter sur la générosité de ses amis qui réunissent l’argent pour acheter un nouveau fauteuil de la marque Colours ‘N Motion censé être plus solide pour encaisser les chocs. Quelque temps plus tard, Aaron réussit la première figure qui va tout changer, un 180° en l’air qui donne une idée à son père, envoyer une vidéo des exploits de son fils directement chez Colours ‘N Motion. Bonne pioche puisque peu de temps après, un des concepteurs de la marque en personne prend contact avec la famille pour les aider en cas de besoin. La marque devient le premier sponsor officiel d’Aaron et lui fournit ainsi le matériel le plus adapté possible.

Avec le bon matériel et son talent, le jeune Américain participe à des compétitions de BMX et réussit en 2006 le premier Backflip en fauteuil de l’histoire, il était alors âgé d’à peine 15 ans et la vidéo de ses exploits sur Internet vont changer complètement sa vie. CNN s’empare du phénomène et réalise deux reportages sur lui, sa notoriété sur les réseaux sociaux explose, à l’époque il est le seul à réussir de telles choses en fauteuil ce qui lui donnera un statut particulier comme tous ceux qui ont su révolutionner voire inventer un sport, une discipline. Les choses vont alors s’enchaîner pour le jeune prodige, dans un premier temps, il passe beaucoup de temps à essayer de nouveaux tricks, parfois 10h par jour. Ses prouesses dépassent rapidement les frontières des États-Unis, il est sollicité dans différents pays pour des exhibitions et des conférences tout en continuant à réussir des premières mondiales puisqu’après le Backflip il réalisera entre autres le double Backflip puis le Frontflip. Pour parfaire le tout, il met un point d’honneur à rencontrer les enfants en situation de handicap pour leur montrer toutes les possibilités qui s’offrent à eux en fauteuil, en véritable père de cette discipline qu’est le WCMX, il prend le temps de montrer aux plus jeunes et surtout aux parents que le handicap n’est sûrement pas une fin en soi et que le fauteuil peut être autre chose qu’un simple moyen de locomotion, quelque chose de ludique et une source d’inspiration.

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Une des consécrations d’Aaron est d’avoir intégré la troupe du Nitro Circus emmenée par Travis Pastrana, figure du motocross, qui a monté une troupe d’athlètes sur vitaminés, un peu comme si les lapins crétins se mettaient aux sports extrêmes. La joyeuse bande d’allumés se produit donc aux quatre coins du globe avec des shows toujours plus impressionnants qui donnent une tribune incroyable au prodige américain. Nul doute qu’on entendra encore souvent parler de ses exploits à venir, il n’y a plus qu’à espérer que ça fera des émules, surtout dans notre beau pays.