Dossier

SEXUALITÉ ET HANDICAP

01/01/2015
SEXUALITÉ ET HANDICAP - AH L'AMOUR!
Parler de la sexualité est un sujet délicat car il aborde tout à la fois l’intime de l’être et son universalité. Son identité, ses désirs, ses plaisirs, ses fantasmes, ses attentes, ses joies, ses souffrances, ses frustrations aussi. Nous avons conçu ce dossier dans un esprit ouvert, libre et positif avec des témoignages, du vécu, des prises de position (sans jeu de mot !), des avis, des réflexions de personnes en situation de handicap, de professionnels ou de témoins privilégiés... Un grand merci à tous ceux qui ont participé à ce dossier. Et en premier lieu à Jean-Luc Letellier qui nous a permis de le réaliser...

« MA SEXUALITÉ N’EST PAS UN HANDICAP! »

Jean-Luc Letellier est un touche a tout...oui, je sais le mot est osé dans un dossier consacré a la sexualité mais il n'a rien d’irrévérencieux puisque le Président du CRéDAVIS (Attention... Prenez votre souffle ! Association pour la reconnaissance et la réflexion pour le droit à la vie sexuelle dans le secteur social et médico- social, la promotion de l’éducation à la sexualité pour tous et la prévention des violences à caractère sexuel !) a été éducateur, écrivain, chef d’entreprise... Un parcours riche en rencontres et en enseignements.
« J’ai longtemps travaillé dans le domaine médico-social et, à un moment, je me suis consacré à la formation du personnel. Quand on abordait les phénomènes de violence au sein des établissements, on se rendait compte qu’ils étaient souvent liés à la sexualité. J’ai donc, il y a une dizaine d’années, initié un groupe de recherches et de réflexions sur le sujet ! Il était constitué de professionnels et d’étudiants. A l’époque, les questions autour de la sexualité des personnes en situation de handicap étaient « tabou ». On voulait faire bouger les lignes, savoir et voir comment on pouvait le faire ! En 2012, l’asso est née. Elle a la particularité de bien connaître le monde du handicap et, donc, d’avoir de la pertinence. Jusque- là, la projection et la représentation que s’en faisaient les professionnels étaient un frein majeur aux avancées et à toute forme de débats. Dès qu’on avançait une proposition, elle se cognait à un tas de préjugés qui n’avaient pas lieu d’être ! » estime Jean-luc Letellier qui lance en février 2014 un pavé dans la mare avec son ouvrage « Leur sexualité n’est pas un handicap » (ERES Editions) et organise dans la foulée le premier festival du genre (« Ma sexualité n’est pas un handicap ») à Buc dans les Yvelines. Près de 700 personnes y participent...
« Les gens ont pris la parole ! Et il faut écouter ce qui a été dit avec force. Une personne en situation de handicap a très peu de possibilités de faire des rencontres et la personne lourdement handicapée n’a que très peu d’accès aux plaisirs en général ! Sachant que tout être humain possède ce désir profond de sexualité, nous avons le devoir de faire en sorte que les personnes concernées prennent en main leur destin. Elles doivent se bouger,revendiquer...».

CONTRIBUTION /
_ DE JEAN-LUC LETELLIER

« AMIE CUL DE JATTE, PRENDS TON PIED ! »

C’est dans une culture du scepticisme bien française que s’organisent le plus souvent les colloques et autres débats sur la soi-disant si problématique sexualité des personnes en situation de handicap. Outre l’appel quasi systématique à des « experts » qui eux, Dieu soit loué en son immense miséricorde, ne sont pas personnellement concernés par le handicap - mais sont par contre très bien payés pour parler des problèmes des autres - ces réunions n’ont de cesse de mettre en avant toutes les difficultés, les risques, les préventions nécessaires à la mise en œuvre d’une reconnaissance pour les « invalides » d’une activité dont les « non-invalides » ne se privent pas et dont certains d’entre- eux démontrent tous les jours qu’ils en font aussi le terrain de la plus inacceptable des violences ; les 170 meurtres entre conjoints ou ex-conjoints comme les 140.000 viols annuels n’étant jamais le fait de personnes en situation de handicap. Mais bon la violence, c’est tolérable, le plaisir, non ! Et les plus bienveillants des professionnels qui tentent d’entrouvrir le droit et l’accès à la sexualité continuent à faire croire à la nécessité de leur « sexpertise », ce que l’on comprend aisément puisque c’est leur gagne-pain. Un expert, étant quelqu’un qui sait dire un maximum de conneries dans un domaine très restreint, je vais tenter ici d’échapper à cette prétention soit en admettant que je ne dis que des conneries, soit en évitant le sphincter étroit de l’expertise.

LETTRE OUVERTE À MES SEMBLABLES EMPÊCHÉS DE JOUIR

Cette lettre s’adresse surtout à celles et ceux d’entre-vous qui vivent en institution, là où l’accès à la vie sexuelle est rendu encore plus difficile. Mais dans le fond, elle s’adresse à tous et pas seulement, loin s’en faut, aux seules personnes en situation de handicap. Car ce que vivent les personnes en institution n’est jamais que l’image accentuée de ce que vivent ou ressentent ceux qui n’y sont pas et ce que vivent les personnes en situation de handicap, la traduction de la façon dont notre société envisage la vie.
Et si la réalité de la grande difficulté, sinon de l’impossibilité, pour beaucoup d’entre-vous d’accéder au plaisir et à l’amour n’était pas tout simplement le fait de ceux qui prétendent agir pour votre bien ? Tout se passe comme si l’on vous expliquait votre incapacité à sortir d’une pièce alors même que, ceux qui vous l’expliquent, l’ont soigneusement fermée à double tour. Pour paraphraser Jacques Lusseyran : (Aveugle suite à une chute à l’age de 8 ans, organisateur d’un mouvement de résistance, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages) « Le handicap, ce n’est pas d’être aveugle,tétraplégique, trisomique ou autiste, le handicap, c’est de croire que la cécité, la paralysie, le syndrome de Down, le syndrome autistique sont des handicaps ! » Et l’organisation du secteur médico-social en France met tout son talent en œuvre pour vous le rappeler. Plutôt que de vous donner toutes les chances de grandir au milieu de vos semblables, elle vous « offre » généreusement des établissements spécialisés avec des professionnels spécialisés qui vous procurent une éducation spécialisée et vous voudriez après ça que l’on ne vous trouve pas « spéciales » (les garçons corrigeront pour le masculin). Et quand vos petites copines et vos petits copains de 15 ans - que vous n’avez pas parce qu’ils vont dans une école « pas spéciale » - se découvrent une nouvelle activité que l’on appelle à tort « le sexe » - à tort parce que le vrai nom c’est « la vie » - vous, vous êtes obligés au mieux de fantasmer à donf sur le ou la stagiaire que vous trouvez super bandant(e) (ou mouillante si tu préfères mais sache qu’un clitoris ça bande) ce qui vous permet de jouir dans votre lit le soir, sauf si vos bras ne vous obéissent pas : pas de bras pas de chocolat ! Au pire, à construire dans votre petite tête de « nandicapé » que ça, ce n’est pas pour vous ! De toute façon, c’est inscrit dans le règlement intérieur ! Et quand vous en avez vraiment marre de ne pas trouver un exutoire à toute cette énergie vitale qui vous déborde et que vous devenez agressif ou dépressif on réunit toute l’équipe et la psychologue pour essayer de comprendre ce qui ne va pas chez vous en ce moment !

Et bien, moi je vais te le dire, ma fille, ce qui va pas bien, c’est que tu n’oses pas crier sur les toits ton envie de faire l’amour, d’embrasser, de sucer, de caresser et de te faire caresser, de te faire pénétrer, de jouir ! Et si jamais tu l’oses, le « pédopsycastre » qui-vient-le-lundi-après-midi-mais- qui-est-en-séminaire-cette-semaine te donnera un rendez- vous pour que tu puisses lui en parler parce que tu vois, nous les gens que tu connais bien, que tu aimes bien et que tu vois tous les jours, c’est trop compliqué pour nous et même la chef de service nous a dit que ce n’est pas notre rôle de parler de cul !

_ Mais pourtant tu sais bien toi comment on fait l’amour, tu fais l’amour toi ?
_ Ben... écoute... allez c’est l’heure de la douche !

En fait, si vous aviez conscience de votre pouvoir, si vous réalisiez que l’on ne doit pas décider de tout à votre place, si vous compreniez que finalement, à condition de rester correct, on ne pourra pas vous mettre à la porte, alors vous vous rendriez compte que vous pouvez prendre la parole et pour lui donner encore plus de poids, la prendre ensemble, en tant que citoyens. C’est vrai que beaucoup de citoyens ont peur de la prendre la parole, mais justement, votre situation vous a appris à résister, à vous adapter, à vous battre. Vous êtes finalement sûrement mieux préparés que les autres à ce type de combat. C’est facile ce que vous dites ! Moi je suis déficiente intellectuelle. Vous savez les gens qui ne sont pas capables de comprendre les règles sociales, qui sont, comment on dit ? trop des inibés ? Moi, vous vous rendez compte, ça m’arrive de montrer mes seins à mes copains dans ma chambre et on rigole comme des fous et y’a Mourad qui m’embrasse dessus et sur la bouche et même que quand Nicole elle nous a surpris elle en a parlé à maman et tout le monde m’a dit que c’est pas bien ça se fait pas, que je suis vilaine, que les garçons sont dangereux ! Si c’était vrai ce que vous dites, ils m’auraient pas dit tout ça quand même ! Maman elle m’aime beaucoup et Nicole elle est vraiment super ! C’est pour me faire de la peine que vous racontez ces choses-là ? Je sais bien que c’est pas bien ce que je fais. - Non, c’est pas pour te faire de la peine, c’est qu’il y des risques, tu sais, quand on fait des choses avec un garçon on peut attraper des bébés, tu comprends ? - Ben alors c’est exactement ce que je voudrais bien, pas tout de suite, mais faire un bébé ça doit être super, je voudrais en avoir un moi, de bébé ! ...

« LE HANDICAP CE N’EST PAS D’AVOIR UN HANDICAP, C’EST DE CROIRE QUE L’ON EST HANDICAPÉ ! NON, TA SEXUALITÉ N’EST PAS UN HANDICAP, SAUF SI TU EN ES PERSUADÉ(E) ! »

Moi ça n’a rien à voir, J’ai 30 ans et je n’ai jamais fait l’amour. Je suis tétraplégique et aveugle (bébé secoué) depuis tout petit et je ne peux même pas me branler. Pourtant, chez moi, le seul membre qui bouge tout seul, c’est mon sexe. Il y a deux ans, une élève infirmière que j’appréciais beaucoup et avec qui j’avais pu me confier, un soir, tard, sans rien dire, est passée dans ma chambre et s’est approchée de moi tout doucement en me parlant. Elle s’est assise sur mon lit et a glissé sa main sous les draps. Elle n’était même pas arrivée à mon sexe que je bandais comme pas possible, elle n’a eu presque rien à faire, et j’ai joui. C’était tellement fort que j’ai presque eu peur. Après, je lui ai demandé de m’embrasser sur la bouche mais elle a répondu en souriant, ah non, désolée, ça je peux pas. Je lui demandé si elle reviendrait et, le ton un peu triste elle a dit, je ne crois pas, si jamais quelqu’un est au courant je serais renvoyée. Tous les jours, je pense à elle. Mais il m’arrive de me dire, et si j’avais été une fille est-ce qu’elle m’aurait fait ça aussi, ou, si j’étais une femme, est-ce qu’un homme aurait pu me faire ce cadeau, je ne pense pas. Si ça se savait, il ne serait pas seulement renvoyé, il serait arrêté...
Moi c’est tout autre chose, je ne vis pas en institution, je travaillais normalement, je faisais du sport (parapente) avant mon accident de moto qui m’a clouée dans un fauteuil, rupture médulaire. Au début après la rééducation, je n’avais plus aucune libido, je ne savais même pas si je pouvais ressentir à nouveau du plaisir et bien sûr j’ai perdu mon boulot... et mon copain ! Tout ça, personne ne l’a abordé avec moi au centre où j’étais comme si j’étais devenue asexuée aux yeux des médecins, des infirmières et des kinés. Et le regard des hommes sur moi a totalement changé. Je ne sais plus quoi faire.

« N’ATTENDEZ RIEN DES AUTRES SURTOUT DES « NON- HANDICASTRÉS ! »

Je pourrais remplir un livre entier de ces histoires authentiques mais j’ai envie surtout de vous montrer que dans ce domaine, même si c’est parfois très difficile vous ne devez pas vous résoudre à accepter de vivre dans la frustration. Vous trouverez dans ce numéro, le témoignage de plusieurs personnes qui vivent très bien leur sexualité alors que leur handicap est très sévère. Mais je dirais même plus, n’attendez rien des autres surtout des « non-handicastrés ». Peut-être aurez-vous la chance et je vous le souhaite de croiser dans votre vie un un-peu-plus-humain mais même dans ce cas, il ou elle ne pourra pas vous aider autant que vous le souhaiteriez et autant qu’il ou elle le souhaiterait. Non, dites-vous que vous, et vous seul(e)s, devez prendre votre destin en main. Battez-vous, organisez-vous, trouvez des appuis, renseignez-vous, obligez les cul-bénis et autres spécialistes de la psyché à se le bouger, emmerdez- les, réclamez, inventez, associez-vous, séduisez, vivez ! Et si on ne vous écoute pas, ou que l’on vous dit que ce n’est pas si simple, dites ceci : sachez qu’aujourd’hui il y a des institutions qui commencent vraiment à sortir de l’ornière de la maltraitance en matière de sexualité. Il y a des institutions où l’on aborde la sexualité dès le plus jeune âge. Il y a des institutions qui font réfléchir tout leur personnel pour qu’ils arrêtent d’avoir peur, qui écrivent des chartes pour que votre droit au plaisir soit reconnu et qui font leur possible pour les appliquer même si leur conseil d’administration à du mal à les suivre. Il y a même des institutions qui sont prêtes à prendre des risques, y compris vis-à-vis de la loi, parce qu’elles considèrent que c’est de la non-assistance à personne en danger. Il y a des institutions qui ont compris que personne n’est incapable d’être éduqué en matière de sexualité quel que soit son niveau intellectuel, et qui commencent par éduquer leur personnel. Des institutions qui ont des chambres pour couple, des institutions où on à le droit d’inviter qui l’on veut à dormir avec soi. Il y aussi des personnes qui accompagnent le désir d’enfant et aident les parents à se sentir bien. Des associations de parents qui expriment haut et fort que leurs enfants ont le droit à une vie amoureuse et sexuelle. Des personnes qui bénévolement, apportent leur tendresse et leur ouverture pour apprendre à se découvrir, pour apprendre le plaisir. Il y a déjà tout cela et de plus en plus, le mouvement est en marche et il ne s’arrêtera pas. Et dites-leur aussi qu’avant même de parler de sexe, vous aimeriez bien qu’on vous prodigue de la tendresse, qu’on vous touche autrement que pour la toilette, les soins ou le kiné, qu’on vous caresse tout simplement et que vous ne comprenez pas pourquoi des professionnels diplômés qui ont appris qu’un être humain ne peut pas se développer correctement sans tendresse, ne pensent pas que ça vous concerne aussi.

C’est dans cet esprit que le CRéDAVIS a organisé le premier FESTIVAL « Ma sexualité n’est pas un handicap » (voir article en page XX). Aucun expert, aucun spécialiste, ce sont les personnes en situations de handicap venues très nombreuses (plus de 300) qui ont pris la parole et c’était aussi la fête, la musique, la danse, le théâtre, des films, des ateliers pratiques. La séance inaugurale a démarré par la lecture d’un texte que Cécile avait écrit pour cette occasion et qu’elle a lu devant plus de 400 personnes :

Ma sexualité n’est pas un handicap ? Quand j’entends cette phrase, je pense plutôt : Mon amour n’est pas un handicap ! On peut faire l’amour et ne pas aimer réellement, on peut aussi s’aimer très fort et faire l’amour, alors là, c’est encore meilleur, c’est beau ! Je peux si vous le voulez, vous parler un peu de mon expérience de vie. J’ai une maladie psychique envahissante qui me crée un handicap, je vis en foyer d’hébergement et j’ai un amoureux qui vit dans le même foyer que moi. On s’aime, même si c’est dur de temps en temps, même si parfois on a du mal à se comprendre, à être sur la même longueur d’onde. Cependant, je l’aime. J’aime ses caresses, ses gestes tendres, ses câlins, surtout que c’est la première fois que je ressens des émotions si fortes. Cela fait du bien ! On aimerait vivre ensemble, comme chaque couple en a le droit, mais c’est là que le handicap vient bloquer notre relation amoureuse. Je dois changer de foyer, alors que va devenir notre relation de couple ? L’inconnu est angoissant, fait peur, alors on compte sur l’équipe éducative de notre foyer et surtout sur nous-mêmes pour inventer une autre façon de vivre l’Amour. Je voulais dire aussi une dernière chose : Souvent dans le foyer, se créent des histoires amoureuses car c’est la vie ! Je ne juge personne, attention ! Mais je remarque juste que la collectivité et notre fragilité nous rendent vulnérable à l’Amour. Alors je m’inquiète en me demandant si mon ami et moi, nous parviendrons à poursuivre ensemble un bout de chemin. C’est bien là le mystère de notre vie !

L’ASSISE TANTE SEXUELLE

En sociologie, il me semble que les relations dyadiques se construisent dans le milieu de vie... Par exemple, sur le lieu de travail, à l ’université, durant les vacances, durant les rencontres de week-end, etc. Pour les personnes handicapées qui vivent en autonomie, les personnes que nous côtoyons au quotidien, ce sont nos auxiliaires de vie ! En Belgique, chez moi, dans mon cadre de vie quotidien, cela s’appelle des aides à la vie journalière.
Donc, la potentialité de rencontres affectives et sexuelles, cela devrait être normalement, par exemple, aussi, et évidemment en parfait consentement mutuel, pourquoi pas, avec les affinités qui peuvent se créer naturellement entre les personnes, c’est-à-dire, le plus souvent, pour nous, les AVJ, les infirmières, ou toutes autres personnes nous accompagnant. L’idéal serait de considérer alors le handicap, durant une relation consentie, comme une simple caractéristique d’une personnalité plus globale. C’est peut-être un rêve mais l’espoir fait vivre...
Seulement, comme par hasard, dans les écoles, dans les formations, ou bien au sein des directions, on martèle tout le temps de « garder la distance professionnelle », de rester professionnel. Autre détail, on reste encore trop souvent dans la représentation sociale que, pour entretenir des relations sexuelles et affectives avec quelqu’un, il faut un attachement. Donc, la plupart du temps, on n’a pas le droit au plan cul ! Mais moi je pense que le plan cul peut aussi être le début d’une belle histoire d’amour...
Or, nous autres, nous devons, à cause de notre déficience physique, confier notre corps pour des actes très intimes au quotidien. La nudité est présente dans la relation mais n’est jamais réciproque ! Il faut rester professionnel. Nous ne sommes que des objets de soins et pas encore de désir ! Ce n’est pas normal ! C’est une discrimination au minimum indirecte qui a pour origine la conception de l’aide aux personnes. Il faut dépasser ces concepts éculés qui ne correspondent pas à la liberté qui est tant prônée dans de nombreux médias, par exemple. Au niveau relationnel, il faut oser aller au-delà des conceptions castratrices de la société !
Je vais aller encore plus loin et je prends sur moi : il y a plus de 10 ans que je n’ai plus touché un corps féminin consentant ! Alors on me dit de trouver une assistante sexuelle ! Mais est-ce utile ? Pas vraiment pour moi sauf si cela peut me mettre en condition pour pouvoir amener dans mon lit, la fille de mon choix, et que cela soit réciproque bien entendu ! On prône la liberté sexuelle, on nous dit que la vie affective et sexuelle relève de la vie privée, sauf dans le cas du handicap la plupart du temps, car on veut contrôler. Alors ?


Vincent, Namur Belgique.

Et bien oui, Vincent je suis d’accord avec toi, c’est bien notre incapacité à regarder « la chose sexuelle » comme naturelle et bonne, ni sacrée ni sale, ni Dieu ni Satan, ni ange ni bête, à la confiner dans les chambres closes alors qu’elle est toujours le lieu de rencontre des croyances, des préjugés, des pressions commerciales, des injonctions extérieures, qui freinent sinon interdit même aux personnes autonomes de connaître ce rapport à soi, à l’autre et au monde. On n’est jamais seulement deux sous la couette, il y a un monde fou ! Pour tout te dire, ce débat qui ne cesse de rebondir sur « l’assistance sexuelle » - pas un journaliste qui ne m’interroge sur le CRéDAVIS sans aborder cette question avec un petit sourire comme si on arrivait enfin au plat principal - me gonfle, si tu m’autorises à parler ainsi. Il me gonfle pour plusieurs raisons. La première est notre spécialité française à être capable de digresser pendant des années et des années sans que toute cette logorrhée ne trouve sa traduction dans la réalité.

La proposition « Assistance Sexuelle » comporte deux termes qu’il n’est pas inutile d’interroger avant que cette terminologie ne s’impose définitivement et qu’elle devienne une de ces inepties langagières française comme « sciences humaines » (on n’a jamais vu de cochon enseigner à l‘université en tous cas pas au sens taxinomique) ou « développement durable » que ce sont empressés de mettre au fronton de leur communication les plus grands destructeurs de la planète, sans parler de « tri sélectif », essayez de trier sans sélection. Première remarque : on parle tout le temps d’assistantes sexuelles pour les hommes, très rarement d’assistants pour les femmes et on « circoncis » (lapsus !) cette activité au seul champ du handicap physique ! Ce qui autorise les tenants de l’abolitionnisme à amalgamer la question avec celle de la prostitution qui ne devrait rien à voir à y faire.

« Assistance sexuelle », « Assistance » donc tout d’abord. Littéralement : Se tenir auprès de. Devient dans l’acception moderne : Aide. La multiplication des assistances en tout genre aujourd’hui nous donne à espérer que, en cas de panne sexuelle, un service quasi gratuit soit mis en place, sous forme d’une assurance pourquoi pas - 15 euros par mois à vie et si d’aventure ça me démange un petit peu, appel au 0690 690 690 (pour un assistant faites le 1) !

Ne soyons pas mauvaise langue, l’assistance médicale d’urgence ou SAMU est un immense progrès quand on sait que chaque minute gagnée améliore considérablement les chances de survie ou les conséquences lors d’un accident. Mais au moins le terme a-t-il le mérite d’être parfaitement clair : je suis dans le coma encastré dans ma voiture avec une plaie abdominale profonde, OUI J’AI un BESOIN vital d’assistance puisque je suis même dans l’incapacité de la réclamer.

Ce qui tendrait à montrer que l’assistance est indispensable et justifiée lorsqu’on est totalement invalidé ; vous voyez peut-être mieux où je veux en venir.

Abordons le second terme de la proposition : « Sexuelle ». Etymologie : Sexe vient du latin SECARE, couper. Que celui ou celle qui est capable de me donner une définition exhaustive et consensuelle de ce terme me jette la première verge (« bifle » en langage d’jeun) ou m’enfonce un doigt d’odeur (expression d’jeune aussi).

Freud, génie totalement névrosé, a attribué à l’humanité toute entière un « IN-CON-SCIENT » (Lacan dirait : un con (sexe féminin) qui sait de quoi il retourne, Freud n’ayant pas de con, n’en savait rien) lequel inconscient nous a été présenté comme totalement obnubilé par le sexe, ce qui en soi n’est pas dramatique sauf à considérer que tous les charlatans qui se sont emparés de ses soi-disant trouvailles (les femmes ne sont pas des créatrices car elle ne bandent pas et s’amusent avec les poils de leur pubis ce qui en fait des tisserandes – Les femmes qui jouent avec leur clitoris sont des femmes-enfant - si, si, il a dit ça –) pour... vous connaissez la suite, surtout si vous êtes autiste. SEXE, en terme de polysémie celui-là en est un : SEXE, division de l’humanité en deux catégories ELLE ET LUI, ce qui est étrange car ayant eu tous les deux comme Père un DIEU - LUI, on ne comprend pas où il a pris le modèle « ELLE » !

SEXE, mention obligatoire pour réserver un billet de train sur internet (pourtant pas encore de wagons réservés aux femmes comme dans le métro de Tokyo !) - Six pays ayant déjà accepté le ni-homme, ni-femme donc sexe « X » sur la carte d’identité. SEXE, organe dit génital (donc destiné à la génération, généalogie, génétique, génome alors qu’on ne s’en sert quasiment pas dans cet objectif !) J’aurais préféré organe eucharistique (la bonne joie en grec) ou extatique pour les plus chanceux (qui est hors de soi, qui sort de son corps). SEXE, une activité aux contours plus qu’imprécis allant de mains baladeuses dans le métro à des gang bangs - une femme au milieu de 50 hommes nus la pénétrant par tous les orifices même ceux qui n’en sont pas - en passant par le viol d’un enfant et la fellation obligatoire comme prémisse quand on est une fille de 14 ans au collège ! Quelquefois un véritable acte d’amour, d’échange et de tendresse.

Donc, fort de ces approches, le service d’assistance sexuelle va-t-il m’aider à choisir l’un ou l’autre genre sur mes papiers d’identité ou dans ma garde-robe ? Prendre soin de ma vulve ou de ma verge lorsqu’ils sont en danger ? Me trouver 50 filles magnifiques et chaudes pour me sentir, une fois dans ma vie, enfin, un homme-un-vrai ? Ou me trouver un homme beau, fort et poilu qui m’attrape par la taille en jetant son cri dans la jungle ?

Alors pour revenir au terme « assistance sexuelle » :
OUI si je suis enfermé totalement depuis très longtemps dans un corps qui ne m’obéit jamais et qu’un besoin, je dis bien un « besoin » de me masturber me tord tout entier, oui, alors, j’ai besoin d’une assistance sexuelle, soit manuelle, soit à l’aide d’un sex-toy que je sois une femme ou un homme (comme j’ai besoin que quelqu’un me gratte si cette démangeaison devient insupportable ou me remette la tête sur l’oreiller si j’ai glissé). Et je ne vois pas, sauf si le Pape est en droit de s’en mêler, ce qui interdit que cette fonction soit remplie dans tous les établissements médico-sociaux ou hospitaliers et même qu’un service à domicile inclue ce type d’assistance. Il suffit de former le personnel adéquat et je ne doute pas de trouver les professionnels en question. Et pour être clair et définitif je nommerais cette action : Assistance Médico-Sexuelle ! En référence à la définition de la santé sexuelle de l’OMS.

Maintenant, je vis dans un poumon d’acier depuismes trois ans ! Je suis sensible à la beauté et au charme des femmes, je désire réellement vivre une ou des histoires d’amour dans toutes leurs dimensions ? Alors j’ai besoin (et je réitère le mot « besoin ») que quelqu’un m’aide véritablement à m’approprier mon corps sexué et sexuel et donc d’une ou d’un thérapeute mais surtout pas d’un psychologue encore moins d’un psychanalyste mais bien d’un coach qui s’engage physiquement pour m’aider à me connaître (c’est le film « The Sessions »). Mais, dans ce cas je ne vois pourquoi, une femme ou un homme de 30 ans (ou plus, ou moins) ayant de grandes difficultés personnelles qui l‘empêchent de vivre cette dimension de sa personne et qui en souffre ne relèverait pas d’une même prestation sauf à faire des discriminations positives pour le handicap physique.

La loi sur le proxénétisme interdit cette pratique ? Rendons- la bénévole et puis voilà. Il y a des milliers de françaises et de français qui donnent de leur temps dans des centaines d’associations, on doit bien pouvoir trouver des personnes qui ont envie de rendre les gens heureux en leur donnant du temps, de la tendresse et du sexe si affinité. Et, comme le dirait Kristian (voir interview dans ce magazine) proposons à des professionnelles et professionnels du sexe de se former à minima pour offrir leurs services aux personnes en situations de handicap qui ont l’autonomie pour les contacter et d’être payées à partir d’un service en ligne. Et pas besoin de leur demander 2500 euros et 250 heures de formation car la seule, la vraie qualité nécessaire pour travailler sexuellement avec des personnes en situation de handicap c’est le respect, l’écoute et la patience. L’humanité en quelque sorte. Quant à la façon de s’y prendre, comme il existe autant de situations que de personnes, gageons que ce sont les personnes elles- mêmes qui sauront leur apprendre comment s’y prendre. La vraie difficulté de la relation sexuelle, c’est la relation, pas le sexe ! Et pour être clair et définitif je nommerais cette activité : Kinésithérapie (traiter par le mouvement) Sexuelle et les pratiquants des Kinésithérapeutes sexuels !

Enfin si je considère définitivement que la sexualité n’a pas, n’a plus, la procréation comme finalité mais qu’elle est une compétence au plaisir, son plaisir, mais aussi au plaisir de procurer du plaisir à l’autre et même, plus encore, une compétence à partager avec un être aimé un sentiment cosmique d’appartenance à l’univers, alors nous sommes tousdes handicapés profonds et nous avons, pour la plupart d’entre-nous, besoin, je dis toujours besoin, d’une éducation sexuelle qui comme une éducation à la danse soit faite par un danseur ou une danseuse du sexe qui guideront nos corps, nos pas, pas seulement avec des mots mais aussi avec des gestes. Et pour être clair je les nommerais : Professeurs Sexuels !

Quant à la prostitution, c’est à dire faire métier ou activité de commerce de son sexe, qu’on soit pour ou contre, peu importe, qu’on ostracise celles ou ceux qui le font ouvertement ou qu’on ne parle jamais de celles ou ceux qui monnayent au quotidien leur sexe auprès d’un seul client, cela reste de la prostitution et ce n’est pas le sujet ! Sauf chez ceux et celles qui fantasment sur le fait de se faire payer ou de payer pour jouir. Enfin, en ce qui concerne la question de la rémunération, soi-disant impérative nécessité pour garder la juste distance, elle me paraît être tout à fait déplacée : qu’elle soit bénévole ou rémunérée, la question de la qualité humaine d’une activité d’accompagnement n’est pas soluble dans sa monétisation.

Donc et définitivement : NON à l’assistance sexuelle ! Personne dans ce domaine ne devant être abaissé à être assisté mais aidé, oui, secouru, oui, soigné, oui, éduqué, oui.

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