Dossier

BRIGITTE LAHAIE

BRIGITTE LAHAIE

01/01/2015
BRIGITTE LAHAIE - L’AMOUR ET NOUS ET ELLE
Brigitte Lahaie anime une émission consacrée à l’amour, à la sexualité et au plaisir chaque jour de 14h à 16h sur RMC « Lahaie, l’amour et vous ». Une émission qui met à mal les préjugés, les idées fausses et les tabous. Entourée de spécialistes, elle distille des conseils avisés, des astuces coquines et son opinion avec humour et l’esprit d’ouverture qui la caractérisent. Elle ne se pose jamais en juge, ni en gardienne de dogmes mais fait preuve d’humanité et son expérience en la matière est utile à tous ceux et celles qui s’interrogent ou doutent. Brigitte est une femme qui sait écouter, s’engager. Une femme qui assume, qui partage et qui éclaire. Son avis compte et nous voulions l’avoir !

« LE SEXE EST LA PULSION DE VIE ! »

Brigitte, qu’est-ce qui vous a amenée à animer une émission sur l’amour ?
L’amour et la sexualité sont pour moi des sujets qui me passionnent depuis toujours ou presque. J’aime à dire que je suis tombée dedans quand j’étais petite. Je me suis d’ailleurs très vite intéressée à la sexualité des animaux avant même de commencer la mienne. Je crois que c’est mon amour pour la vie au sens de « Eros » qui a été le détonateur de ma vocation.
Alors bien sûr, j’ai d’abord eu des expériences plus sexe mais parallèlement, j’ai aussi eu une vie de femme passionnée. Et puis aux alentours de la trentaine, j’ai fait une introspection afin de mieux comprendre qui j’étais vraiment. Mon parcours est terriblement riche car il y a bien sûr ces expériences que personne ne peut nier mais il y a aussi des intérêts pour la sexologie, la psychanalyse, l’astrologie, le tao. Cela me permet d’avoir une vision globale de l’humain. Ainsi, quand RMC est venu me chercher pour faire une émission sur la sexualité, je savais parfaitement où je voulais aller. Pour moi, ce ne serait pas une émission qui évoquerait les difficultés sexuelles avec des solutions toutes faites pour les résoudre mais bien une émission sur l’humain et ce qui nous habite tous : la pulsion de vie.

Y a-t-il un événement qui a déclenché chez vous ce désir ?
Quand on étudie la sexo et la psycho, mais même l’astro, on a vite envie de mettre en pratique nos découvertes. D’ailleurs c’est indispensable sinon on reste dans un discours très dogmatique. Donc, j’ai assez rapidement répondu à des questions de gens, dans certaines revues, sur minitel puis sur audiotel. Bref, j’ai, à ma manière, été sexothérapeute. Même si je n’ai jamais exercé dans un cabinet. Ensuite, j’ai pu animer une émission sur une chaine du câble. Donc, quand on est venu me chercher pour animer l’amour et vous, j’ai su que j’étais prête. J’ai même tout de suite su que ce serait un succès et un vrai tournant dans ma vie professionnelle. Merci l’astrologie...

Quelles sont les questions ou les témoignages récurrents qui vous semblent les plus étonnants venant de vos auditeurs ?
Je suis surtout surprise de l’ignorance et de la naïveté de certaines questions d’auditeurs. On entend toujours que la société s’est libérée sexuellement, on parle de sexe partout et bien je peux vous dire qu’il y a encore beaucoup de choses à dépoussiérer. De toute façon, de nombreux médecins sont encore très gênés pour évoquer la question de la sexualité avec leurs patients et pourtant, avoir une vie affective harmonieuse améliore la qualité de vie, renforce le système immunitaire, etc.

Avez-vous durant votre émission des témoignages de personnes en situation de handicap ? Abordez-vous leurs problématiques de façon différente ?
Oui cela arrive même si c’est assez peu fréquent. Je dirais oui et non. Oui, parce que quelle que soit la personne qui m’appelle, je tente de lui répondre en fonction de sa problématique et de toute façon elle a presque toujours un handicap, émotionnel, culturel, etc... Et non parce que je déteste la considération politiquement correcte qui consiste à avoir une voix pleine de compassion sous prétexte que l’auditeur est « handicapé ». J’ai même souvenir d’avoir parfois secoué un peu certains auditeurs qui justement étaient face à un handicap physique et n’avaient pas encore réussi à dépasser leur épreuve. Leur colère contre le monde extérieur que j’entends très bien et que je comprends bien sûr est pour moi le véritable handicap à une meilleure harmonie intérieure.

Pensez-vous qu’il y ai une évolution positive quant au rapport à la sexualité de vos contemporains par rapport à il ya20ans?
Oui sans nul doute. Beaucoup de choses ont changé. En premier lieu, il y a les nouveaux médicaments pour l’aide à l’érection. Le Viagra n’est apparu que depuis le début des années 90, avant un homme avait des pannes d’érection et il n’avait pas beaucoup de solutions pour s’en sortir et tombait vite dans une succession d’échecs. Il y a bien sûr aussi une plus grande liberté chez la femme qui ose enfin assumer ses pulsions. Elles ont aussi un choix de jouets intimes qui peut leur permettre d’accéder plus facilement au plaisir si elles sont seules ou avec un partenaire maladroit. Même si malheureusement un bon nombre d’entre elles attendent encore beaucoup de leur compagnon et connaissent mal leur corps. Les chiffres sont éloquents, 97 % d’hommes se masturbent dès leur adolescence, seules 47 % de femmes !
Enfin, la communication dans le couple est un peu moins difficile, même si là encore il y a encore beaucoup à faire. De même, les couples osent plus facilement aller consulter, ce qui leur permet justement de communiquer sur leur difficulté sexuelle car parfois, il y a un petit souci assez simple à dépasser mais si on attend trop, il devient un gros problème pouvant provoquer la rupture.

« POURQUOI AURAIT-ON LE DROIT DE REFUSER À QUELQU’UN UNE SEXUALITÉ AVEC UNE AUTRE PERSONNE QUI ACCEPTE DE LUI DONNER CES MINUTES DE PLAISIR ? »

Vous avez accepté d’être marraine de l’APPAS l’association de Marcel Nüss, pouvez-vous nous en donner les raisons ?
Comme bon nombre de personnes valides, j’ai l’angoisse du handicap et suite à des chutes de cheval, j’ai ressenti ce que c’était d’être prisonnière de son corps. Ces moments en suspens m’ont appris beaucoup sur moi-même. Et donc, j’étais prête à prêter mon image pour ce combat. Comme je me suis battue et je me battrai pour défendre la prostitution libre. Car je connais aussi de nombreux hommes qui en ont besoin. Même si je fais la différence entre une infirmière sexuelle pour une personne en situation de handicap et un homme en général qui attend juste un acte sexuel.

Jean-Luc Letellier, président du CRéDAVIS, que vous avez déjà reçu deux fois dans votre émission, avance que s’il y a des difficultés concernant la sexualité des personnes en situation de handicap elle est d’abord du côté des valides, qu’en pensez-vous ?
En fait, la résistance est partout, certainement beaucoup dans le milieu médical. Mais tant qu’on ne comprendra pas que la sexualité, comme la religion d’ailleurs est le ciment de l’intolérance, on n’avancera pas. Je m’explique, on pense toujours que notre sexualité est la bonne et que celle de notre voisin est tout de même un peu perverse. Alors franchement, quelqu’un en fauteuil qui voudrait faire l’amour avec une femme, cela semble grotesque. Tout simplement parce que la personne en question fantasme en projection. Et s’il s’imagine en fauteuil, il se sent tellement mal qu’il ne peut pas imaginer qu’il aurait encore le désir de faire l’amour. Il n’a pas tort d’ailleurs car les premiers temps, la personne en situation de handicap pense à autre chose qu’à sa sexualité...

Comment d’après vous permettre et faciliter l’accès de tous à une sexualité, quelle qu’elle soit ?
En rappelant que l’OMS dans les années 90 a voté le concept de santé sexuelle. Pourquoi alors aurait-on le droit de refuser à quelqu’un une sexualité avec une autre personne qui accepte de lui donner ces minutes de plaisir ? Ils sont adultes et libres de choisir ce qu’ils ont envie ou pas de faire.

Si vous deviez exprimer un souhait concernant notre thème « sexualité et handicap », lequel serait-il ?
Comme toujours, pour faire vraiment bouger les choses, il faut que des personnes osent témoigner. C’est d’autant mieux si elles sont connues. Alors, pourrait-on souhaiter que des personnalités connues en situation de handicap puissent évoquer leur sexualité ! Mais justement parler de sa sexualité demande un vrai courage. J’en sais quelque chose quand j’ai sorti mon livre « Moi, la scandaleuse » en 1987, il a fallu faire preuve d’un sacré aplomb face aux questions pernicieuses des journalistes ; c’est pourquoi il faut saluer la tentative de Bruno de Stabernrath quand il a sorti son livre ou encore le film Intouchable...