Culture

Musiques

01/01/2015
Et si on parlait Musiques

LIBRE À VOUS ! MOI, J’ÉCOUTE FERRAT !

DES AIRS DE LIBERTÉ
HOMMAGE À JEAN FERRAT (SONY ET DISQUES MEYS)

Pitié après la bande à Goldman et à Renaud, ils nous ont sortis la bande à Jean Ferrat ! Bon d’accord, c’est un hommage à l’écriture et à l’artiste, le plus grand que la Terre française ait porté jusque-là dans ses flancs. On est fan ou on ne l’est pas ! Et vous l’aurez compris, je connais mon Ferrat sur le bout de l’âme ! D’accord, cela permet aux jeunes générations d’écouter de beaux textes, de magnifiques chansons et ainsi de découvrir le plus Grand de la chanson française... Mais que de faiblesses dans l’entreprise (car c’en est une malgré l’adoubement surprenant de Gérard Meys, le producteur- légataire-ami !)... Quelques réussites : avec un Hubert-Felix Thiéfaine respectueux et habité (« Nuit et brouillard), un Marc Lavoine fidèle (« Camarade »), d’heureuses surprises avec Zebda qui revisite « En groupe, en ligue, en procession » et se l’approprie joliment ou Julien Doré (Vous savez celui qui a un Jean d’Ormesson tatoué sur toute son épaule gauche ! Un comble pour les connaisseurs d’ « Un air de liberté » !) dont la reprise inventive de « La femme est l’avenir de l’homme » fait illusion. Mais que dire de « La montagne » sur-jouée par Cali (dont on conseille plutôt le dernier album !), du piteux « Aimer à perdre la raison » de Dionysos, du « Tu aurais pu vivre » ânonné par Grégoire, de l’exécrable « Nous dormirons ensemble » de Natasha Saint-Pier ? L’exercice était périlleux ; Bruel (« Ma môme »), Fiori (« Que serais-je sans toi ? »), Biolay avec Deneuve (« C’est beau la vie ») ou, dans son registre Sanseverino (« Je ne suis qu’un cri ») s’en sortent sans honneur mais sans honte. Manque à l’appel Raphaël et son énigmatique « J’arrive où je suis étranger ». Le chanteur avouait lui- même avoir découvert le répertoire de Ferrat quand on lui a parlé du projet... Il faisait cette surprenante confidence lors de l’émission « Spécial Ferrat » de Drucker le samedi 14 mars. Une émission fabuleuse où la dernière demi-heure était consacrée à Nelson Montfort, Laurent Gerra et Didier Barbelivien. Manquait plus que Sardou ! (« Jean si tu nous regardes... ». Tu dois te retourner dans ta tombe !). Alors si j’avais un conseil... Replongez-vous dans l’œuvre de Ferrat et préférez toujours la matrice aux pâles polycopies !


VIVA

« DOWN UNDERGROUND – LP’S 2009/2014 »
THE LIMINANAS (BECAUSE RECORDS)

Attention ! C’est du lourd... Mais dans le sens positif du terme ! Préparez- vous à une aventure musicale délirante, surprenante et passionnante. Un double Cd (avec l’équivalent de quatre albums – un par année ! - Plus de deux heures vingt-quatre minutes ! Excusez du peu !) où un rock électrique côtoie un yéyé vintage, où la langue de Shakespeare (et même de Dante avec un titre en italien !) se télescope avec celle de Molière dans une totale frénésie ! The Liminanas ont du répondant, de l’humour (J’ai vraiment craqué sur leur « Je ne suis pas très drogue » !) et un savoir-faire rompu par des années de concerts. Car Marie et Lionel n’arrivent pas de nulle part. Loin d’être des jeunes bleus de l’existence, les Perpignanais trainent leurs guêtres depuis les années 80 et ont écumé les scènes d’ici et d’ailleurs (signant même avec des labels américains !). Pas de vilain plan marketing, on est en présence de vrais artistes qui bougent les lignes joyeusement à l’instar des Stooges, de Suicide ou d’un Daniel Darc période bleue (des références qu’ils ne renieraient certainement pas !). Prêt pour une plongée en eaux troubles sans bouée de secours ? C’est revigorant à souhait ! Un magnifique retour vers le futur ! Vive les Liminanas !


LA VOIX ROYALE !

« REASON »
DE SELAH SUE (BECAUSE)

Selah Sue est une voix ! Une voix légèrement voilée, éraillée, écorchée... Une voix qui touche dès la première écoute ! Son deuxième album est une réussite ! Alors bien sûr, d’aucuns objecteront qu’elle cible large musicalement empruntant çà et là à l’électro, à la soul, au funk, au r’n’b’ et même au disco... D’autres pourront reprocher une production trop l échée... Oui mais la Flamande excelle partout ! Comme si les instruments s’enroulaient autour de ses cordes vocales. Elle les domine et on sent bien qu’avec une seule guitare ou un piano en accompagnement elle nous emmènerait au nirvana. Ecoutez « Alone », « Reason » ou « Sadness » pour prendre des titres forts de l’album et vous aurez compris que cette auteure-compositrice a une longueur d’avance sur la concurrence !


CHAUD AU CŒUR !

« SOLEIL DEDANS »
DE ARTHUR H (CHEZ POLYDOR)

Voilà un chanteur à part, un artiste qui ne s’embarrasse pas de génuflexions ou de compromis. Il fonce et construit une œuvre depuis plus de vingt ans. Il s’est fait appeler Arthur, le petit d’Higelin, avec un H comme Hurluberlu mais s’est réellement fait un nom grâce à un univers original, une voix dense, grave, déchiré, qui colle aux mots et aux notes ! Il est de ces artistes qui s’imposent comme tous ceux qui ont l’urgence pour guide. Ce 12 titres gourmands recèle quelques merveilles comme « L’autre côté de la lune », « La femme étoile », « Le tonnerre du cœur » sans parler du tube incontournable qu’est « La caissière du super » ! « Je voudrais passer à travers ton corps. Forcer la serrure de ton coffre-fort... » Chante-t-il dans le surprenant « Une femme qui pleure ». Vous l’aurez compris, on est loin du tout-venant. Arthur H nous élève et nous fait voyager... Attention son « Soleil dedans », c’est chaud devant !

ON A AIMÉ AUSSI...

« NGRTD »
(CHEZ BOMAYÉ MUSIC)

Youssoupha revient et ce n’est pas pour nous déplaire. Après un premier album qui a cartonné en 2012, intitulé Noir Désir, Youssoupha nous offre une nouvelle mouture au doux nom provocateur de Négritude mais écrit NGRTD, faut pas pousser la provocation trop loin non plus... Dans ce nouvel album, Youssoupha nous entraine, à travers 17 titres, dans son univers Rap qui aborde, entre autres, le thème sensible de la diversité en France. Grâce à ses textes engagés, son sens du flow et son humour, l’artiste nous force à hocher la tête sur cet album bien confectionné.

ON AURAIT AIMÉ PARLER EN BIEN DE...

« ALAIN CHAMFORT »
ALBUM ÉPONYME (CHEZ PIAS)

Mais non ! Définitivement non ! Un « Quatre titres » aurait suffi au bout de sept ans d’absence... de réflexions (« Joy »,« On meurt »,« Ensemble » et « Où es-tu ? ») mais qu’Alain Chamfort nous épargne le piteux « L’amour n’est pas un sport individuel » et, surtout le ridicule « Argentine » (« Il y a des poules à Liverpool, des coqs à Bangkok , des dames à Rotterdam et des arabes qui vivent à Tel Aviv... » On a vraiment de la peine à Bourg-la-reine !)