Culture

Cinéma

01/01/2015
Et si on parlait Cinéma

SALUT LES CINÉVORES OU COMME DISAIT MON ASTROLOGUE « SALUT LES AMATEURS DES TOILES »

Je vous rassure: rien de changé sous le réchauffement climatique : point de résumés de films, point d’indications ou d’articulations sur ce que j’ai pu voir. Je déteste toujours autant les bandes annonces, les a-priori, les bouches mercenaires, les engouements aveugles, les formatages conventionnels, les critiques bienséantes et les platitudes rampantes des courtisans de tous poils...
Je me réfugie dans mes impressions premières. Mon enthousiasme sans retenue ou ma colère éruptive. Car il est fort intéressant – pour vous, ô lecteur – d’avoir un autre éclairage sur les spectacles, ne serait-ce que pour vous délivrer du politiquement correct qui flingue, des poncifs rebattus vantés par des qui glapissent avec les grues, des qui chicotent avec les souris ou des qui braillent avec les paons.


A DÉBAT...

TAXI TÉHÉRAN
DE JAFAR PANAHI

Quand je suis sorti de la séance, j’ai vite écrit à mes amis proches : courez voir ce film !
Un m’a répondu : « Merci du conseil mais moi je l’ai vu et j’ai été très déçu, aussi bien sur la forme que sur le fond. Je pensais en apprendre un peu plus sur ce pays, son peuple et sa culture mais je n’ai trouvé que la propagande anti-Iranienne habituelle (l’Iran n’est pas une démocratie, la condition de la femme y est épouvantable, la peine de mort y est pratiquée sans retenue, la censure empêche les films de circuler et les réalisateurs de tourner, etc...) Une vision très BHLyenne»...Bon là, j’avoue être perplexe. Comme si BHL était LA référence concernant le Moyen-Orient... Venons-en au film. Comment ne pas voir derrière chaque scène de la vie quotidienne, un aspect peu visible et pourtant réel de la société iranienne ? Pourquoi toujours ce doute quant au côté castrateur, violent, machiste, sclérosé, replié sur soi de ces sociétés ? Sionn’apasdeleçonàdonner,onena encore moins à recevoir ! Et si un Iranien dénonce ce qu’il vit au quotidien, on a encore moins, du haut de notre piédestal républicain, à ignorer ses revendications. Et si BHL ou qui que ce soit reprend cette vision, elle n’en est pas moins réelle. Emprisonné pour avoir apporté son soutien au mouvement de la révolution en 2009, le cinéaste ne peut ni se déplacer à l’étranger pour présenter son travail, ni présenter des crédits complets au générique de ses œuvres clandestines. L’écouter est la moindre des choses (pour peu qu’on soit à l’écoute des autres). Et comme le faisait remarquer un journaliste français, il ne faut pas négliger son courage dans le fait de se filmer lui-même, lui à qui l’on interdit officiellement d’exercer son métier.

Jafar Panahi a réussi une fausse - vraie fiction en trouvant et en assumant pleinement une forme de tournage de documentaire. C’est du cinéma. Du vrai. De l’authentique. Du cinéma politique comme on n’en fait peu - malheureusement. Car il y a des risques. Rappelons-nous « YOL » deYilmaz Güney. Film écrit en prison et interdit pendant 15 ans en Turquie... Mais les générations oublient vite ce que leurs aînés ont subi. Attention à ne pas mêler les intentions et les discours, ne pas trop relativiser ceux d’hier pour magnifier aveuglément ceux de demain.
On sourit devant son incapacité à se diriger, ému quand sa nièce rêve de cinéma, puis on oscille entre poésie et tendresse. Entre révolte avec la rencontre de l’avocate et la fin si significative de la censure omniprésente. Alors bien sûr, nous qui sommes trop souvent inondés de Blockbusters américains, la forme peut dérouter. Le plan fixe, les rencontres disparates, les lenteurs, l’absence de montage, les propos pouvant apparaître (faussement) superficiels, les façons de vivre les anecdotes racontées... mais il y a toute l’intelligence sous-jacente de ce qu’il faut changer, voire abolir.
Suite à ces critiques pour moi infondées, je vais peut-être lire plus attentivement BHL.... Quoique...


FRAGILE

EN ÉQUILIBRE
DE DENIS DELCOURT

Avec Albert Dupontel et Cécile de France, s’il vous plait ! Denis Dercourt nous livre un film sensible, avec des personnages attachants, sans pathos ni éloignement, avec juste ce qu’il faut d’empathie pour voir au-delà des personnages et de leur histoire, les liens, les attitudes, les réactions qu’on peut avoir suite à un drame. Chapeau aux acteurs pour leurs performances respectives (l’une au piano, l’autre sur le cheval). Cela manquait peut-être de quelques personnages secondaires plus consistants...


BOULEVERSANT

STILL LIFE
DE UMBERTO PASOLINI

Umberto Pasolini nous livre un film bouleversant. Incroyable de minutie dans l’image, dans la psychologie des personnages, associant toujours le moindre détail avec l’humain. Des bas ou culottes qui pendouillent comme des reliques, au sens de la marche du train pour le héros.
Et on prend son temps. Cela permet de découvrir les intentions d’attention du metteur en scène qui n’a rien laissé au hasard. Film subtil, attachant, intelligent, jetant un regard de compassion sur les êtres qui meurent seuls. Voilà un film qui redonne au spectateur attentif comme un nouveau souffle, comme une envie d’aller voir ces voisins qui sont si proches et pourtant si lointains.Les acteurs sont épatants de vérité, de sincérité. Eddie Marsan en tête, Joanne Froggat, Karen Drury et Andrew Buchan, tout droit sorti de Broadchurch...
A ne pas rater. Malgré le sujet qui frôle le morbide, c’est un film requinquant...


POIGNANT

LA TÊTE HAUTE
DE EMMANUELLE BERCO

Sélectionné en ouverture du dernier festival de Cannes, ce film est un véritable coup de poing en pleine figure tant par la manière dont il est filmé, au plus près des acteurs, que par la réelle violence de son propos. La réalisatrice, Emmanuelle Bercot, nous entraine avec brio dans un drame social où l’on suit le parcours chaotique d’un jeune délinquant de son jeune âge à son entrée dans la vie adulte. Un parcours semé de violences, d’absence d’amour, de dérapages et de rage. Tout est juste dans ce film et parfaitement interprété par les acteurs : Catherine Deneuve joue le rôle d’une juge des enfants humaine et profonde, Benoît Magimel celui de l’éducateur aimant et confiant envers ce jeune Malony et Sarah Forestier interprète une mère complétement dépassée. Mais que dire de l’interprétation de Rod Paradot, ce jeune acteur débutant, qui crève littéralement l’écran !

BEAUCOUP

« UN PEU, BEAUCOUP, AVEUGLÉMENT »
DE CLOVIS CORNILLAC

Une jolie comédie romantique et une première réalisation pour un Clovis Cornillac convaincant devant comme derrière la caméra. Ce film ne révolutionne pas le genre mais il est abouti et possède un charme certain. On y croit et on se laisse embarquer dans cette histoire de voisinage et... d’amour ! Vous l’aurez compris... quelques douceurs, quelques situations drôles et un happy end plus tard, on sort du film le cœur plus léger... C’est déjà ça de gagné !

PRIORITAIRE !

« LA LOI DU MARCHÉ »
DE STÉPHANE BRIZÉ

Oui Vincent Lindon mérite son prix d’interprétation à Cannes ! Mais tous les comédiens non professionnels qui l’accompagnent dans cette aventure sont remarquables de justesse ! Voilà un grand film social d’une intelligence et d’une âpreté rares... On ne sort pas indemne d’1h35 d’un cinéma qui colle au réel sans manichéisme... A voir absolument ! A comprendre... aussi !